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L'Œuvre - 10 octobre 1926

 


prix du gaz à Paris

La Société du Gaz de Paris
ne veut pas être contrôlée

Aussi, le gaz est à 85 centimes à Paris, alors qu'il est à 62 centimes en banlieue où le contrôle existe

Parmi les notes et documents qui m'ont été adressés à propos des articles de l'Œuvre sur la Compagnie du Gaz de Paris, un rapport de M. Henri Sellier, maire de Suresnes, sur les résultats de l'exploitation du gaz dans 113 communes de la Seine et de Seine-et-Oise m'a singulièrement intéressé.
D'abord ceci : les habitants d'Asnières ou de Bois-Colombes, de Clichy ou de Gennevilliers, de Joinville ou de Montmorency, enfin les habitants des 113 communes syndiquées payent le gaz 62 centimes le mètre cube, alors que les Parisiens le paient 85. Et encore la Société du Gaz de Banlieue fait-elle aux communes une ristourne de 11 centimes sur chaque mètre cube de gaz consommé.
D'où peut, provenir une aussi sensible différence de prix ?
Les salaires à la Société du Gaz de Banlieue seraient-ils inférieurs à ceux de la Société du Gaz de Paris?
Que non ! C'est tout le contraire.
Le réseau des canalisations est plus étendu en banlieue qu'à Paris, alors que la consommation y atteint à peine le tiers de celle de la grand'ville. Les vérifications, les encaissements y sont plus compliqués. Tout justifierait donc un prix plus élevé du gaz.
A quoi peut-on attribuer cette anomalie? ai-je demandé à M. Henri Sellier.

— Pour vous répondre avec précision, m'a répliqué le maire de Suresnes, il me faudrait connaître en détail les comptes de la Société du Gaz de Paris. Or je ne possède à ce sujet que les renseignements fournis au Conseil municipal de Paris, qui sont trop sommaires.

HENRY MONTAZEL.
(Voir la suite en 2° page)
Le prix du gaz à Paris ai et en banlieue

(Suite de la première page)
«Par contre, dans mon rapport, rien n'est dissimulé. La Société du Gaz de Banlieue fournit au Syndicat des Communes toutes les précisions désirables. Nous ne pourrions, d'ailleurs, faire accepter nos propositions par les Conseils municipaux des 113 communes syndiquées s'il en était autrement.
Peut-être aurions-nous pu arriver à faire vendre le gaz meilleur marché encore et à influer ainsi sur le prix du gaz à Paris si l'on nous avait permis de faire une étude comparative des méthodes des deux Sociétés, mais tout fut en vain. Si cela vous intéresse, lisez cette correspondance. Vous serez édifié.»
Ce sont les lettres échangées par M. Théodore Tissier, président du syndicat intercommunal, avec divers et successifs préfets de la Seine.
M. Théodore Tissier, dans une première lettre du 30 mai 1923, demande de pouvoir «contrôler l'une par l'autre, quant aux prix d'achat des charbons et de vente des sous-produits, les deux exploitations gazières de Paris et de sa banlieue, par la communication réciproque des données essentielles de leurs marchés respectifs aux représentants de la Ville de Paris et du Syndicat intercommunal de la banlieue, dans des conditions susceptibles d'offrir à ces exploitations toutes les garanties désirables de discrétion ».
Le préfet de la Seine répond, le 11 août 1923, que la Société du Gaz de Paris refuse de communiquer les marchés d'achat de charbons et de vente des sous-produits, «par crainte de ne plus pouvoir bénéficier de conditions exceptionnelles de la part de ses fournisseurs ou clients et à raison de cette circonstance que, pour les sous-produits, les deux sociétés sont concurrentes».

Cette réponse est des plus savoureuses. Nombre d'administrateurs de la Société du Gaz de Paris, et notamment M. Rouland, administrateur délégué, ne sont-ils pas, en même temps, membres du Conseil d'administration de la Société du Gaz de banlieue ?
La vérité, est qu'on ne veut pas du contrôle des élus.
Le syndicat intercommunal revint à la charge le 6 février 1925, et M. Théodore Tissier écrivait au préfet de la Seine : «Il est indispensable de faire toute la lumière dans les opérations que nos deux organisations contrôlent parallèlement, et elle ne peut jaillir que de leur rapprochement dans des conditions de complète sincérité et d'entière loyauté. Il ne faut pas que chaque Société invoque les prix payés ou reçus par l'autre pour justifier ses propres prix; la justification devrait résulter d'un examen poussé plus à fond par la collaboration des deux organisations et d'après tous les éléments d'appréciation qu'elles pourront recueillir.»
Le préfet de la Seine répondit le 29 avril 1925 que ses démarches auprès de la Société du Gaz de Paris «s'étaient heurtées à un refus formel sous prétexte que les deux exploitations intéressées, malgré leur communauté d'administrateurs, devaient conserver chacune le secret de leurs négociations et demeurer concurrentes.
« La convention en vigueur avec la Société du Gaz de Paris, ajoutait le préfet, ne me permet que de prendre acte de cette déclaration.»

M. Théodore Tissier a insisté de nouveau cette année :
«Il paraît au syndicat difficile d'admettre, a-t-il écrit, que le préfet de la Seine soit absolument désarmé vis-à-vis de la Société du Gaz de Paris et que celle-ci soit fondée à opposer une fin de non-recevoir à un moyen de contrôle qui est nécessaire pour voir clair dans ses opérations, en même temps que dans celles de la Société du Gaz de Banlieue.» 
Evidemment, la Société du Gaz de Paris ne veut pas qu'on puisse voir clair dans ses opérations. Les conseillers municipaux de Paris trouvent cela fort bien. Il ne leur paraît pas suspect qu'en deçà des fortifications le gaz soit à 85 centimes, alors qu'il est à 62 centimes au delà. Pourtant il doit y avoir une raison. Quelle est-elle? Dans chaque quartier de Paris, les électeurs devraient, poser la question à leurs élus.

 H. M.

 

 

 


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