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La Charente - 03 octobre 1926

 


Livre vs Dollar

L'impuissance du Parlement britannique et la grève noire anglaise prépareraient-elles le match du dollar contre la livre ?

Elle a déja cinq mois d'existence. Tous les jours, on nous is dit qu'elle est près de finir. Elle dure, on nous dit même, par ailleurs, qu'elle durera encore. Le député travailliste M. Smillie a déclaré, l'autre nuit, à la Chambre des Communes, que la lutte s'éterniserait, sur le refus du gouvernement anglais de s'incliner devant les propositions des mineurs.

A cette menace, le Premier anglais, M. Baldwin, aurait riposté que tout finirait par s'arranger, si on se décidait à en écarter la politique qui empoisonne tout là-bas comme ailleurs, au au point de rendre le «Parlement impuissant».
Le «Parlement impuissant», voilà une nouvelle qui fera sensation, surtout en Angleterre, berceau du parlementarisme.

Le Parlement impuissant, en Angleterre, c'est un revirement complet de la doctrine de sa toute puissance affirmée dans cette formule de lord Disraéli, formule qui a vite pris l'allure d'un axiome: «Le Parlement est ici tout-puissant. Sa puissance ne s'arrête que devant l'impossibilité de changer en homme une femme.»
C'est beaucoup dire.
C'est sans doute pour cela que le Parlement anglais a, un des premiers, ouvert les portes aux femmes. Son travail n'en a pas été autrement ni accéléré, ni amélioré.

Si le Parlement est impuissant, aux dires du premier ministre, qui résoudra la crise? La porte entrebaillée, hier, est de nouveau fermée à double tour. Jusqu'en novembre, c'est-à-dire pendant une cinquantaine de jours, le Parlement est en vacances, le gouvernement anglais a, à son tour, pleins pouvoirs, par 196 voix contre 99.

D'après les journaux anglais, les mineurs fatigués se décideraient à céder. 160.000 d'entre eux ont déjà repris le travail. Que demandent-ils ?
1° A reprendre immédiatement le travail ; 
2° Ils acceptent une réduction de salaires de 10 % ;
3° Création d'un tribunal d'arbitrage appelé à fixer les conditions de l'accord final. Les avis sont évidemment partagés. Il s'agit de réunir les 2/3 des votes des grévistes sur une formule acceptée par eux, les propriétaires de mines et le gouvernement.

En attendant, les désastres consécutifs de cette crise minière sur la situation économique et industrielle du pays se multiplient. Les filatures du Lancashire qui travaillent le coton américain arrêtent leur fabrication pendant une semaine sur trois. Les industries textiles sont dans le marasme. Les industries métallurgiques sont, sur les marchés étrangers, fortement handicapées par les industries allemandes. Et ces désastres s'expliquent par le prix du charbon qu'on est obligé d'importer avec 200 à 300 % d'augmentation.
On compte de 1.500.000 à 1.600.000 chômeurs dits secourus, en réalité subventionnés, sur lesquels 600.000 viennent, ainsi nantis en sterlings, vivre assez copieusement en France. Sur nos côtes de la Manche, ils sont légion.
Et pourtant la livre monte toujours. Pourtant, son ascension est, depuis quelques jours, moins vive.
On dit que le dollar la guette. Si elle cède à l'assaut, avouez que les Anglais ne l'auront pas volé.
En pâtirons-nous encore ? C'est une autre affaire. Le match dollar contre livre est à suivre.

Géo GERALD.

 

 


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