| Journal des débats - 03 octobre 1926 |
MOUVEMENT SOCIALISTE ET SYNDICAL
Les millions de Staline
M. Yvan Katz, communiste allemand, fut député au Reichstag. Il fut exclu du parti communiste pour avoir soutenu la politique des communistes dits «de gauche». Dans un Bulletin qu'il publie à Hanovre, M. Katz, examinant les relations du parti communiste allemand officiel avec Moscou, explique pourquoi les dirigeants du communisme allemand se sont ralliés à Staline contre Zinovief, malgré que les sympathies de l'immense majorité de leurs adhérents soient plutôt avec Zinovief qu'avec Staline.
Le groupe a eu le courage de se ranger du côté du roi des moujiks, Staline, parce que c'est ce dernier, et non plus Zinovief, qui dispose actuellement des millions…
Le comité central du parti communiste allemand s'est prononcé pour Staline, contre la révolution. Mais l'appareil du parti et le comité exécutif sont des éléments non pas politiques, mais financiers. Ils vivent et meurent au gré des millions de Moscou. Plus d'un millier de fonctionnaires du parti communiste allemand et de ses fractions perdront leur gagne-pain, si Staline cesse de donner de l'argent. Ils travaillent pour celui qui leur donne de l'argent que ce soit Zinovief, Trotski ou Staline. Ils n'ont aucun principe, ou, pour.mieux dire, ils n'en ont qu'un seul, le suivant: «700-1.000 marks par mois, c'est mieux que les 50 marks de secours mensuel aux sans-travail.»
Mœurs communistes en Russie
La Russie opprimée publie, dans son dernier numéro, le compte rendu d'une scène d'audience qui s'est déroulée devant le tribunal de Leningrad. C'est la traduction littérale d'un compte rendu paru dans un journal soviétiste de cette ville, la Krasnaïa Gazeta :
— «Ah! je savais bien que le citoyen Zyiagintsev repousserait ma demande!» s'écrie une brune maigre, en jetant un regard ironique sur un jeune ingénieur qui tourne sa casquette entre ses doigts. «Mon Dieu! c'est si naturel! Il est marié, et il a peur d'avouer ses péchés de jeunesse !»
— «Pas le moins du monde, réplique celui-ci. Je ne nie pas que j'ai eu des relations avec vous quand j'étais étudiant de l'Institut polytechnique. Mais ce n'est pas une raison pour en conclure que je suis le père de votre enfant. D'autres étudiants pourraient aussi être son père.»
— «Par exemple?»
— «Par exemple: Andreiev, Gaidoukevitch, Stefanuk... Eux aussi sont ingénieurs, et gagnent autant que moi.»
— «Avec Andreiev, j'ai vécu en octobre; mais avec vous, c'était en décembre.»
— «Vous vous trompez, Elisaveta Ivanovna. Vous avez vécu avec lui et moi simultanément au mois de mars.»
— «C'est un mensonge!»
— «Demandons à Andreiev»
— «Bien!»
— «J'ai vécu avec Elisaveta Ivanovna, déclare l'ingénieur Andreiev, à la fin de mars ou au coinmencement d'avril… Mais, quand j'ai appris qu'elle me trompait avec Gaidoukevitch, je l'ai quittée.»
— «Mensonge! Gaidoukevitch n'a été avec moi qu'une seule fois, un soir...»
— «Interrogeons Gaidoukevitch!»
Plein de sang-froid le jeune ingénieur déclare :
— «Elisaveta Ivanovna vivait à la fois avec moi et avec Stefanuk, dit Gaidoukevitch. Nous étions en bonnes relations avec elle. Mais, un jour, Stefanuk vint me trouver; il était bouleversé, et me dit, sur un ton indigné : «Gaidoukevitch! Quelle perversité! Elle nous trompe avec Averine.» Après cela, nous cessâmes de la voir.»
— «Oui, reconnaît Averine. J'ai vécu avec elle. Mais, quand j'ai appris qu'elle était en relations avec tout l'Institut polytechnique, j'ai rompu avec elle. Selon toute vraisemblance, c'est Egorov qui est le père de l'enfant.»
Egorov, qui reconnaît ses relations avec Elisaveta Ivanovna, indique le nom d'un autre étudiant.
— «Elle était le plus souvent dans la chambre de Kolougine, dit-il. Kolougine, quand il apprenait par cœur, ne sortait pas de chez lui. Rien d'impossible à ce que ce soit lui qui ait fait cet enfant...»
— «Je vous assure, citoyen juge, s'écrie Kalougine; j'étais alors tellement absorbé par mes calculs que Mouraviev m'a très facilement enlevé Elisaveta Ivanovna.»
Une suspension d'audience est prononcée. Les anciens étudiants bavardent et se rappellent leurs aventures de jadis.
«Courage, Zviagintsev! s'écrient plusieurs témoins. Elle ne sait plus elle-même qui est le père de son enfant...»
Mais, quand le tribunal de la 10e section déclare qu'il ajourne l'affaire et implique les témoins en qualité de complices, c'est une émotion générale.
— «En voilà une histoire! dit un ingénieur. Comment nous sortir de cet exploit collectif?»
— «Ah mais! s'écrie un autre, nous avons tout à fait oublié Pankratiev. Et il a vécu avec elle tout un semestre!»
— «Hurrah! Vive le papa Pankratiev !...»
Tout commentaire serait superflu et affaiblirait la portée de ce document social.
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