| Journal des débats - 03 octobre 1926 |
Le conflit minier en Grande-Bretagne
Les conséquences financières
(DE NOTRE CORRESPONDANT)
Londres, le 1er octobre. Le résultat financier du premier semestre de l'exercice courant est un déficit de près de 62 millions, contre 36 millions l'an dernier à pareille époque, et 12 millions en 1924. Les dépenses se sont élevées à 384 millions. C'est, il va sans dire, à la grève des mineurs que ce résultat lamentable est dû principalement.
Les droits de succession et de timbre, l'impôt sur le revenu et la surtaxe, les droits sur les bénéfices des compagnies, les recettes de la poste et les rentrées spéciales sont en déficit.
L'impôt sur le revenu et les rentes sont en déficit de 22 millions, et les rentrées spéciales de 9 millions. Le chancelier de l'Echiquier comptait bien sur une diminution du rendement de l'impôt sur le revenu; mais la diminution constatée dans ce premier semestre dérange tous les calculs et fait présager un déficit à la fin de l'année. Comme l'impôt sur le revenu est dû, il est possible que la diminution de 22 millions soit simplement l'effet d'un retard apporté aux payements par suite des circonstances. Mais, si les contribuables ne peuvent acquitter leurs impôts, c'est parce qu'ils ne gagnent pas d'argent, et il est clair que, n'ayant pas de bénéfices cette année, ils n'auront pas à payer beaucoup d'impôt sur le revenu l'an prochain, puisque maintenant l'impôt sur le revenu sera payable non sur une moyenne de trois ans, mais sur les bénéfices de l'année écoulée.
Avec cinq mois de grève, ou plutôt six mois de grève, car le travail n'aura pas repris complètement avant la fin du mois et la production de charbon sera assez réduite au début de la reprise, on ne voit guère sur quoi on payera, en 1927, l'impôt sur le revenu.
Comme le dit le Times, dans un supplément commercial du 2 octobre, on peut, dès à présent, faire des conjectures sur la tournure que prendront les choses dans le monde des affaires lorsque, de nouveau, on aura du combustible:
Il paraît certain qu'il y aura une période d'activité fiévreuse pendant que seront exécutées les commandes accumulées; mais il est plus douteux que la renaissance du commerce attendue depuis si longtemps soit prochaine. Bien certainement elle se serait produite déjà s'il n'y avait pas eu de grève des mineurs, mais la situation est bien différente maintenant. Il est certain que de nombreux contrats à terme sont perdus définitivement et que le pays a subi d'autres lourdes pertes; mais une petite réduction des frais de production ferait une grande différence dans notre capacité de soutenir la concurrence au dehors.
Sans doute; mais, s'il est une chose certaine en ce moment, aussi certaine que le jour succède à la nuit, c'est que le charbon va être plus cher que jamais et que le combustible, dans les industries qui en emploient (et quelle est celle qui n'en emploie pas?), entrera pour une proportion plus forte qu'auparavant dans les frais de production.
P.V.
Le mouvement de reprise du travail
Le mouvement de reprise du travail prend chaque jour une plus grande importance. Hier même, 164,587 ouvriers sont descendus au fond des puits. Si l'on ajoute à ce nombre les quarante mille ouvriers spécialistes chargés de l'entretien des mines, on découvre qu'un peu moins de vingt pour cent du total des hommes employés dans l'industrie charbonnière ont repris leurs occupations.
Le conseil des mineurs du Derbyshire et du Nottinghamshire vient de recommander à tous ses membres d'accepter les propositions gouvernementales pour mettre fin à la crise minière. Certaines personnes le mieux à même de juger la situation expriment l'opinion que, lorsque la conférence des délégués mineurs se réunira à Londres le 7 octobre prochain pour prendre connaissance du résultat du vote des bassins houillers sur les propositions gouvernementales pour mettre fin au conflit, le nombre des ouvriers qui auront alors signé des contrats de travail locaux sera si élevé que toute décision des chefs mineurs rejetant l'offre gouvernementale de créer un tribunal d'arbitrage deviendra inutile. Cette opinion est partagée par plusieurs délégués mineurs qui ont déclaré hier qu'à leur avis «la grève des mines était pratiquement terminée».
Parlant hier à Londres dans une réunion travailliste, M. Ramsay MacDonald a déclaré que seul un accord national entre patrons et ouvriers mineurs pourrait ramener la prospérité et la tranquillité dans les bassins houillers, mais que, si cet accord ne pouvait être obtenu, la nationalisation des mines serait un fait accompli un jour prochain.
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