| Journal des débats - 03 octobre 1926 |
Le Cartel de l'Acier
Une interview de M. Loucheur
Le journal L'Usine publie des déclarations que lui a faites M. Loucheur au sujet de la constitution du Cartel continental de l'acier; nous en détachons ce qui suit :
Loin de critiquer la conclusion de telles ententes, j'estime que les signataires ont eu parfaitement raison de presser la signature sans attendre l'adhésion de l'Angleterre. Il m'eût semblé toutefois préférable que cette entente ait été conclue non pas d'une façon étroite et pour ainsi dire «régionale», mais, au contraire, sur des bases plus larges et, pour ainsi dire, européennes. Je sais bien que l'entente est en principe ouverte à tous les pays; mais, les conditions d'admission étant fixées par les principaux intéressés eux-mêmes, n'y a-t-il pas pour les autres pays, sinon une menace, du moins la crainte de voir leurs intérêts insuffisamment protégés et respectés ?
Je me demande quelle sera la situation des consommateurs et si ceux-ci seront suffisamment protégés vis-à-vis de la puissance si bien organisée des producteurs ? Je sais du reste que cette pensée préocccupe assez fortement les constructeurs et transformateurs français. Il est bien évident que, sans vouloir parlerlementation de coalition, on peut regretter qu'aucune n'ait été prévue pour protéger d'une façon efficace les droits des industries mécaniques et transformatrices françaises. Profondément antiétatiste, je ne demande certes pas un droit d'ingérence de l'Etat qui, chez nous, a ou la main trop lourde ou le geste trop lent; cependant, il eût été désirable de voir se constituer une sorte de comité supérieur composé, si l'on veut, d'économistes, de consommateurs et de producteurs et qui eût eu dans ses attributions un pouvoir modérateur contre tout abus possible.
M. Léon Blum interpellera le gouvernement sur la teneur et la portée exactes des conventions désignées sous le nom : «cartel de l'acier», sur les conditions dans lesquelles le gouvernement en a contrôlé la négociation, sur les mesures qu'il compte prendre pour en contrôler l'exécution et en surveiller les répercussions économiques et sociales, sur la signification et les conséquences possibles de ces conventions en ce qui concerne la politique extérieure de la France.
Vers un élargissement du Cartel
Le cartel de l'acier formé par les industriels tchécoslovaques et autrichiens a décidé d'engager immédiatement des négociations avec le cartel de l'acier de l'Europe occidentale. Il a été convenu que la production annuelle de la Tchécoslovaquie et de l'Autriche serait de 2 millions de tonnes, et c'est sur ces bases que les prochaines négociations seront menées en vue de l'établissement d'un pourcentage.
L'opinion allemande
Le Berliner Tageblatt publie un article de M. Stresemann relatif au nouveau cartel. Le ministre des affaires étrangères déclare, notamment, que ce qui lui fait le plus de plaisir dans ce pacte, c'est qu'il est vraiment international. Ses statuts permettent à l'industrie du fer de chaque pays d'y participer.
M. Stresemann exprime. aussi l'espoir que l'idée sur laquelle repose le pacte portera ses fruits et que d'autres branches de l'industrie s'associeront par delà les frontières en vue de réaliser un travail en commun.
La Gazette Générale de l'Allemagne voit dans le cartel une tentative pour remplacer par un compromis, dans un domaine très important, les néfastes conséquences du traité de Versailles.
L'opinion américaine
Selon une dépêche de Washington, M. Hoover, secrétaire du commerce, a ordonné une enquête sur la situation ainsi créée. L'opinion générale semble être néanmoins que la nouvelle combinaison ne constituera pas une menace pour l'industrie américaine de l'acier sur le marché intérieur, mais exercera une influence considérable sur le marché mondial.
Je crois, a-t-il dit, que ses administrateurs agiront amicalement envers les intérêts américains et que ceux-ci établiront une entente réciproque.
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