| La Charente - 03 octobre 1926 |
Les achats de monnaie d'or et d'argent
Ceux qui ont donné leur or en 1915…
Nous lisons dans le « Matin» (de Paris)
«Pendant que la foule se presse autour des guichets de la Banque de France, les commentaires continuent sur la «moralité» de l'opération.
»Chaque jour nous apporte sur ce sujet de nombreuses lettres, la plupart émanant de bons Français ayant versé leur or en 1915 dès que l'Etat fit appel au patriotisme des détenteurs. Ceux-là n'ont pas touché de «récompense» pour leur bonne action. D'ailleurs, ce ne serait pas une bonne action si leur geste avait été intéressé. Ils s'étonnent qu'on donne aujourd'hui une «prime» à des gens que certains d'entre eux appellent déjà dédaigneusement des «quarts de Français».
» Il ne faut rien dramatiser. Dans la foule qui se presse actuellement aux guichets de la Banque de France, l'énorme majorité ne mérite pas un qualificatif aussi sévère...
» D'abord, il y a tous ceux qui apportent de l'argent. Et ce sont les plus nombreux. C'est la première fois qu'on fait appel à cette monnaie. Ils ne pouvaient donc pas se présenter plus tôt et le devoir de tous est de les suivre.
» Puis il y a ceux qui, en 1915, avaient versé la plus grande partie de leur or et n'en avaient gardé qu'un tout petit peu en guise de souvenir, sans se douter de l'importance que l'or prendrait un jour dans la bataille du franc. Ils apportent le reste aujourd'hui. C'est parfait.
» Et il y a encore tous ceux qui, après la clôture de la collecte de l'or, ont reçu du métal jaune en paiement, notamment à l'étranger, ou en ont trouvé dans des héritages. Il suffit d'aller en Suisse pendant vingt-quatre heures pour rapporter quelques louis d'or français qui y circulent librement. Mais alors, il n'est guère avantageux de les porter ensuite à la Banque de France pour toucher 116 francs d'une pièce de monnaie qui vous a coûté là-bas 145...
Il y a donc beaucoup de bons Français aux guichets de notre grand institut national. Certes, la grande majorité de ceux qui ont donné leur or en 1915 se trouve défavorisée. C'est incontestable. En effet, la plupart d'entre eux - et c'est ce que soulignent nos lecteurs - ont été de bons Français jusqu'au bout. Les économies-or qu'ils ont bénévolement échangées contre des économies- papier, ils se sont empressés de les mettre à la disposition de l'Etat pour forcer la victoire. Ils ont acheté des emprunts de guerre... si bien que leur capital-or est devenu un capital-papier, diminué de moitié par la dépréciation des valeurs à revenu fixe.
Leur cas est différent de celui des porteurs qui, avec les billets reçus à cette époque, ont acheté des marchandises et ont fait fructifier cette épargne dans le commerce ou l'agriculture.
» La situation des porteurs de rente est évidemment lamentable et cela explique leur mauvaise humeur. Mais le meilleur moyen de relever le crédit de l'Etat et de revaloriser leur capital, n'est-ce pas de gagner, par tous les moyens possibles, la bataille du franc ? »
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