Dans le projet de budget pour 1926 que le ministre des Finances vient d'arrêter, se trouvent divers articles nouveaux, parmi lesquels un impôt qui frapperait, au-dessus d'une certaine somme, «les biens oisifs». Par ces mots, on entend les bijoux, les collections ayant coûté à leurs propriétaires des sommes considérables.
Evidemment les bijoux modestes comme on en possède dans les vieilles familles françaises ne seraient pas frappés. Mais combien de nouveaux riches ont consacré des fortunes à acheter des colliers somptueux, des perles, des diamants propres uniquement à flatter leur vanité... et celle de leurs femmes ! Ce sont là assurément des richesses improductives, des «biens oisifs», et c'est à ceux-là qu'on veut faire payer une dîme annuelle.
Sont-ils nombreux ? Le calcul, si approximatif qu'il soit, n'a jamais été fait, que je sache, pour les perles. D'autant plus que l'introduction sur le marché des perles dites japonaises, a singulièrement compliqué le problème. Mais une estimation a été faite pour les diamants existant à l'heure actuelle dans le monde, non pas naturellement ceux qui sont encore cachés dans le sol, mais pour ceux qui se trouvent dans le commerce ou dans les écrins de leurs propriétaires.
L'Inde qui, avant le XVIII siècle, fut la seule productrice, en a fourni 2.000 kilogrammes; le Brésil, au XVIII et au XIX siècle, 2.500 kilogrammes: l'Afrique australe, depuis quarante ans environ, 34.000 kilogrammes. Au total, ce serait donc une masse d'environ 38 tonnes de diamants qui serait répartie à la surface du globe.
Au cours de 1920, le diamant brut pouvait être estimé environ 900 millions de francs la tonne. D'après les prix de ventes moyens réalisés depuis 30 ans, la tonne de diamant vaudrait encore plus d'un milliard. On peut donc dire, en tenant compte de la plus-value sur les diamants taillés que l'humanité possède actuellement pour plus de 38 milliards de diamants.
Il resterait à savoir quelle est la part de la France. Peut-être le saurons-nous approximativement quand les belles «rivières» et les diadèmes paieront un impôt.