| Paris-Soir - 27 septembre 1925 |
LA POLITIQUE DU CARTEL
Le désaccord
Il fallait s'attendre aux difficultés actuelles. C'est un règlement d'affaires que nos négociateurs proposent à l'Amérique. Nous savions que nos anciens, associés n'étaient pas dans des dispositions d'esprit conciliantes. Avant l'overture des pourparlers on pouvait se rendre compte que de dures exigences nous seraient présentées. En fait, les propositions de M. Caillaux n'ont même pas été rétenues une minute. S'il faut en croire les dépêches d'agence, le secrétaire d'Etat Mellon, dans un mémorandum soumis à l'examen de nos experts, nous reprocherait d'offrir un taux d'intérêt insufflsant, de ne prévoir aucun amortissement, d'échelonner sur une période trop longue des paiements réduits. D'autre part, il n'accepte aucune annulation d'intérêts et il rejette la clause essentielle de révision dans le cas où l'Allemagne manquerait à ses engagements.
D'après le New-York Herald, l'honorable M. Mellon irait plus loin encore. Il aurait «verbalement déclaré» que les délégués américains avaient une opinion concrète des recettes, des impôts et du revenu national de la France, et qu'en examinant la capacité de paiement de la France ils pouvaient mettre en relief les développements de sa future politique fiscale. Ou bien cela signifie qu'on tient en réserve, à notre intention, un bon petit plan Dawes, ou bien cela veut dire que si nous consentions à mettre à l'encan nos services publics, nos monopoles d'Etat, nous trouverions assez facilement de l'autre côté de l'Atlantique des capitalistes prêts à tous les sacrifices. Moyennant quoi nous serions en mesure de payer à 3 0/0, sans garantie de revision, des annuités «de l'ordre de grandeur de plus de cent millions de dollars».
Nós négociateurs refuseront, c'est l'évidencè, de discuter sur les bases du mémorandum Mellon. Pas un Français de bon sens n'admettra l'espèce de colonisation, déshonorante entre toutes, à laquelle prétendent nous astreindre le vertueux président Coolidge et ses collaborateurs. Le pays tout entier n'apprendra pas sans tristesse et sans colère que moins de dix ans après une victoire «qui a sauvé la civilisation», une victoire obtenue au prix de sacrifices qui ont couché dans la boue sanglante des tranchées la fleur de dix générations et nous laissent exsangues, l'Amérique, principale bénéficiaire de la guerre, gorgée d'or, éclatant de prospérité, formule des prétentions exorbitantes et cherche à nous courber sous la loi de fer de ses financiers. N'insistons pas. La cause est jugée.
On nous dira peut-être, qu'à des propositions minima, les Etats- Unis répondent par des contre-propositions maxima. Soit ! Mais des premières aux secondes l'écart est tel que l'accord semble irréalisable. Les conversations pourtant continuent. Nous ne pensons plus qu'un résultat heureux puisse les couronner. M. Caillaux doit être informé du sentiment de l'opinion publique. Toute la presse avec beaucoup de discrétion lui conseille de ne pas s'engager au delà des limites raisonnables, de ne pas conclure d'arrangement qui pèse d'un poids trop lourd sur l'avenir du pays. Inutile d'ajouter qu'aucune atteinte à la souveraineté de la nation, à son droit de déterminer librement, ne serait supportée. M. Caillaux le sait. Il partage, nul ne lui fera l'injure d'en douter, le sentiment général. S'il revient sans avoir conclu l'accord que nous espérions, tous les partis approuveront son attitude.
L.-O. FROSSARD.
| retour 27 septembre 1925 |








































































