| L'Écho de Paris - 27 septembre 1925 |

LA CONFÉRENCE SUR LE PACTE
LA REPONSE ALLEMANDE A ÉTÉ REMISE HIER
Hier M. de Hoesch s'est rendu après-midi au Quai d'Orsay, où il a élé reçu, en l'absence de M, Briand, par le secrétaire général du ministère des affaires étrangères.
L'ambassadeur d'Allemagne a remis à M. Berthelot une note faisant connaître que son gouvernement accepte la date du 5 octobre pour la réunion des ministres des affaires étrangères.
M. de Hoesch aura demain lundi, à 5 heures, une entrevue sur ce sujet avec M. Aristide Briand.
Les représentants du Reich à Londres et à Bruxelles ont également remis hier après-midi, aux gouvernements anglais et belge, la réponse. de Berlin.
Le texte de cette réponse sera probablement rendu public mardi.
De notre correspondant particulier) Berlin, 26 septembre. Le dernier acte de la comédie politique qui sert de prélude à la discussion du pacte, s'est joué aujourd'hui.
Tandis que M. Stresemann faisait remettre à Paris, à Bruxelles et à Londres, sa réponse à l'invitation des alliés, il présentait ses explications à la commission des affaires étrangères du Reichstag, qui siégeait au grand complet.
La discussion dura quatre grandes heures, au cours desquelles il dut répondre à un véritable assaut de questions et de critiques, spécialement de la part des nationalistes. Finalement, chacun resta sur ses positions. Il n'y avait pas lieu de procéder à un vote puisque l'attitude du gouvernement était d'ores et déjà fixée, avec l'assentiment de tous les partis, sauf les deux fractions extrêmes.
L'opinion nationaliste passe par les alternatives variées. Avant-hier, elle cherchait à se rassurer en disant que la prochaine conférence était une réunion préliminaire et que ses résultats pourraient être remis en pause. M. Stresemann s'est toujours éleve contre ce point de vue. Or, voici qu'un secours lui vient de Londres: le gouvernement anglais, dit-on, s'est prononcé d'une façon catégorique. Il estime que ses ministres n'ont pas de temps à perdre dans un nombre indéfini de conférences et que des résultats définitifs peuvent être atteints dans celle qui va s'ouvrir à Locarno ou ailleurs. C'est l'Agence Wolff, elle-même, qui transmet cette information dans une dépêche très précise de son correspondant de Londres.
Elle fait l'effet d'une douche d'eau froide, car les milieux anglais en ont confirmé la teneur:
Il y a quelque chose de surprenant, écrit le Lokal Anzeiger. C'est de Londres qu'était partie l'idée d'une double conférence, et la note de M. Briand, aussi bien que les conversations diplomatiques qui l'accompagnèrent, avaient soutenu le caractère provisoire de la première conférence. Il va de soi que la réponse allemande devra s'en tenir à ce point de vue. C'est ce que nous ne tarderons pas à savoir.
Quand je parlais du dernier acte, joubliais que M. Tchitcherine, qui sera demain à Varsovie, est attendu à Berlin mercredi. Il ne vient pas certainement pour faire ses compliments à M. Stresemann, car celui-ci, il y a quelques jours, s'est exprimé avec une certaine désinvolture au sujet de la Russie.
Le ministre des Soviets arrive un peu tard s'il se propose de protester contre les décisions qui viennent d'être prises par le gouvernement du Reich.
L'ALLEMAGNE DEMANDERA DES COLONIES
Londres, 26 septembre. Les Journaux publient une dépêche de Berlin suivant laquelle l'Allemagne, lors de la conférence qui va avoir lieu prochainement, s'efforcera d'obtenir des mandats sur certaines de ses anciennes colonies. (Havas.)
LES SOVIETS VOUDRAIENT EMPÊCHER L'ALLEMAGNE DE SIGNER LE PACTE
(De notre correspondant particulier) Stockholm, 26 septembre. Les dernières nouvelles annoncent que M. Tchitchérine, guéri, entreprend son voyage. Mais, diplomatiquement, le commissaire aux affaires étrangères du gouvernement soviétique est encore bien malade. Seul, le double succès qu'il espère pourrait le sauver contre la candidature de Karakhan à ce poste: empêcher l'Alle- magne de signer le pacte de garantie et entraver la formation du bloc baltique, œuvre d'ailleurs déjà quelque peu compromise.
En manière de pression sur l'Allemagne, les Soviets multiplient les tracasseries contre les entreprises industrielles allemandes en Russie, même contre la succursale moscovite des usines Junkers. Les «spécialistes» allemands attachés aux usines de guerre, arsenaux, laboratoires, états-majors, chantiers navals sont menacés d'expulsion. Bref, les Soviets recourent à un grand chantage consistant à rompre la latente collaboration militaire russo- allemande, collaboration qui transformait la Russie en poudrière germanique.
Le voyage de M. Tchitchérine a donc deux objectifs : 1° Impressionner l'Allemagne par la possibilité d'une entente russo-polonaise qui mettrait fin aux vieux plans russo-germaniques contre la Pologne ; 2° Tâcher de détourner la Pologne de ses amitiés baltiques. Parallèlement, la diplomatie soviétique se livre à un autre chantage tout aussi flagrant en Esthonie. Les Soviets profitent de la situation difficile de ce petit pays qui dépend économiquement de la Russie pour exiger la démission de son ministre des affaires étrangères, M. Pusta, cheville ouvrière du bloc baltique. La nouvelle du départ de ce dernier se répand déjà dans la presse. Sa confirmation marquerait une amélioration sensible de la «santé» du camarade Tchitchérine.
S. DE CHESSIN.
| retour 27 septembre 1925 |







































































