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Le Petit Journal illustré - 26 septembre 1926

 


Le_Petit_journal_illustre_1926_09_26-001_le_fiacre  Paris-Biarritz en fiacre parisien

NOS GRAVURES

Un record peu banal

On connaît le flegme des Américains. Il peut quelquefois déconcerter les Français. Cependant, il ne parut nullement surprendre ce vieux cocher de fiacre parisien qui somnolait sur son siège, place Vendôme, quand il vit tout à coup un homme d'un certain âge, exactement rasé, s'asseoir sur les coussins de sa voiture et lui dire froidement :
— Cocher! A Biarritz !
C'est un peu plus loin, n'est-ce pas ? que l'Etoile ou l'Opéra. Pourtant, le vieux cocher ne sourcilla pas, fouetta son cheval et partit.
L'étrange attelage mit quarante jours pour accomplir le voyage. Au petit trot, sans se presser, on faisait, chaque jour, une étape d'une trentaine de kilomètres, s'arrêtant dans un village pour déjeuner, dans un autre pour dîner et passer la nuit. Le soleil tapait dur, mais les deux hommes se mettaient à l'aise et, parfois entraient ensemble boire un verre dans un cabaret, au croisement d'une route. Bref, ils devinrent les meilleurs amis du monde.
Sur leur passage, on l'imagine, les cultivateurs travaillant dans les champs n'étaient pas peu surpris et, à Biarritz, quand arriva le fiacre venu de Paris, toute une foule de curieux amusés lui fit une ovation.
Assurément, l'Américain qui eut l'idée de ce record peu banal était un humoriste se plaisant à ne rien faire comme les autres. Il eut du moins ce mérite d'avoir visité toute une partie de la France et, à l'encontre de ses compatriotes qui ne connaissent de notre pays que les trains et les grands hôtels, celui-ci peut se vanter maintenant de connaître la vraie campagne de chez nous, ses habitants, ses auberges, ses petites villes, c'est-à-dire tout ce qui constitue vraiment la beauté, le charme et la grandeur de la France.
Quant au cocher, il n'a pas fait montre de moins d'esprit. Il est vrai que, célibataire, personne ne s'inquiétait de son absence et que son généreux client lui donnait deux cents francs par jour pour cette randonnée.

A ce propos, il faut rappeler que le bruit court, parmi les cochers de Paris (il n'y en a plus beau- coup!) que le dernier qui fera rouler son fiacre dans la capitale sera l'objet d'une petite fête donnée en son honneur. C'est une des raisons pour lesquelles de vieilles guimbardes s'obstinent à ne jamais remiser: elles veulent toutes être «le dernier fiacre de Paris».

 

 


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