| Paris-Soir - 26 septembre 1926 |
Araignées du soir
Propos de rentrée
«La rentrée des cours et tribunaux est fixée au 1er octobre»...
Tiens! au fait, les cours et tribunaux sont encore en vacances !... Chaque année, vers la fin de juillet, tous les magistrats, présidents, juges, substituts, procureurs, assesseurs, conseillers accrochent, d'un seul mouvement, leur toge au vestiaire; les greffiers mettent au dossier Boireau sa chemise de nuit, Thémis désarmée verse au magasin son glaive et ses balances, le Palais arbore sur sa porte l'écriteau fatidique : «Fermeture annuelle, réouverture en octobre.»
Pendant ce temps-là, les plaideurs sont priés d'attendre sous l'orme, les prévenus trouvent dans les prisons de l'ombre pour passer leur été, l'iniquité triomphe, la veuve et l'orphelin désespèrent, Chicaneau se fait un sang noir...
C'est curieux comme les plus aveuglantes absurdités finissent par nous sembler naturelles, à la longue! Supposez que tout le personnel des P.T.T., ou des Chemins de fer, ou des Banques, ou de la Pharmacie suspende simultanément ses travaux pour deux mois; chacun trouverait évidemment cette façon d'agir intolérable. Lorsqu'il s'agit de la Justice, nul ne songe à protester. On a toujours vu les tribunaux fermer leurs portes au temps chaud, c'est un ennui saisonnier comme les inondations, les giboulées, la gelée, les étrennes et autres embêtements prévus par le calendrier, il faut s'y résigner!
Pourtant, il ne doit pas être impossible d'appliquer aux gens de robe le système du repos par roulement. Voilà une amélioration que je me permets de signaler au Garde des Sceaux pendant qu'il est en veine de réformes. Elle aura certainement la faveur du public, sans préjudice du joli bout de chandelle que notre ministère économique pourra de ce fait ajouter à sa brillante collection.
Bernard GERVAISE.
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