| La Dépêche - 26 septembre 1926 |
LES COULISSES POLITIQUES
Les Origines de l'Indemnité parlementaire
Depuis qu'il y a des députés et qu'ils délibèrent, il y a une indemnité parlementaire. Déjà les délégués aux Etats-Généraux de l'ancienne France se faisaient allouer des frais de séjour. Mais les sessions des Etats-Généraux étaient courtes.
Lorsqu'en 1789 il apparut que les délibérations de l'Assemblée Constituante étaient appelées à se prolonger et que les députés couraient le risque de ne pas regagner de longtemps leur province, quelques-uns d'entre eux s'avisèrent que les bourgeois de condition modeste et les membres du bas clergé pourraient se trouver fort empêchés de vivre honorablement à Versailles, où leur arrivée avait justement amené une hausse de la nourriture et du logement. Et un Constituant, le duc de Liancourt, qui, on s'en doute, n'était pas lui-même dans le besoin, proposa à l'Assemblée de donner aux députés un traitement.
«L'intérêt du peuple, disait Mirabeau, qui soutint vigoureusement la motion du due de Liancourt, exige que ses représentants soient salariés. Ils ne sont pas là pour eux, mais pour leurs commettants, et ce rapport de dépendance ne peut être mieux marqué que par l'obligation de recevoir un salaire.»
L'indemnité fut fixée à dix-huit livres par jour. Faisons, en passant, une petite remarque ces dix-huit livres par jour, soit environ 6.500 francs par an, représentent une somme beaucoup plus considérable que les 45.000 francs d'aujourd'hui, car le rapport entre la valeur de l'argent en 1789 et aujourd'hui est, au bas mot, de vingt à un !
Encore les honorables ne trouvèrent-ils pas ces émoluments suffisants et, en 1795, ils demandèrent, la vie ayant beaucoup augmenté par suite de la baisse de la valeur des assignats, le doublement de cette indemnité. Elle leur fut accordée sans difficulté.
Et tous les Conventionnels, riches pauvres, applaudirent vivement ces paroles de Bentabole : «S'opposer à cette augmentation, c'est favoriser l'aristocratie, car, si l'on ne pouvait accepter ces fonctions sans s'appauvrir, seuls les gens riches seraient fonctionnaires et les bons patriotes ne pourraient remplir aucune place.»
LA FLECHE.
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