| Le Quotidien - 26 septembre 1926 |
PRÈS DU SOL
Emblavures
C'est un gros travail pour les gardes champêtres et pour les mairies que d'établir, conformément à l'arrêté du ministre, sur déclarations individuelles signées, l'état des superficies ensemencées en blé, seigle et orge, durant la dernière campagne.
Dans chaque commune l'on aura pu compter sur les doigts, j'imagine, le nombre des déclarations spontanées. Part d'inertie et faute de connaître l'ordre officiel. Un simple communiqué à la presse ne suffit point pour renseigner, ni surtout pour déterminer les gens à un geste nouveau.
Le garde champêtre a dû prendre contact avec chacun des intéressés. Un peu d'étonnement d'abord, puis un méritoire effort de bonne foi pour répondre juste. Mais ici l'on compte en «arpents», là en «boisselées», ailleurs en «journaux». Ou bien, en maints endroits encore, à la mesure, ou double décilitre de semence. Tout un calcul mental ou chiffré se trouve nécessaire pour réduire cela en hectares et en ares. Il faut admettre une bonne proportion de petites ou de grosses erreurs.
Le résultat donc ne sera jamais qu'un «à peu près», mais susceptible tout de même de se rapprocher davantage du réel que les chiffres habituels fournis au hasard par les maires ou les directeurs de services agricoles.
— Puis-je savoir ? Cela dépend du mois d'octobre... Sans pluie pas de semailles possible... Et la pluie une fois déclenchée risque de ne plus s'arrêter. Cette année l'on ne fait que passer d'un extrême à l'autre.
Peut-être tourneras-tu le dos en haussant les épaules: «Encore une réponse de Normand !»
Les réponses de Normand, mon ami, s'inspirent souventes fois du désir honnête de ne point t'induire en erreur. Il y a trop de relatif dans les faits acquis pour généraliser. Et, les prévisions d'aujourd'hui sont conditionnées par les réalités de demain.
EMILE GUILLAUMIN.
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