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Le Quotidien - 26 septembre 1926

 


Les câbles sous-marins vont-ils disparaître

LA FIN DES CÂBLES SOUS-MARINS
L'appareil Verdan va donner l'avantage à la télégraphie sans fil
Les câbles sous-marins, ces longs fils fragiles, coûteux à entretenir et d'un rendement limité, que l'on jette d'un continent à l'autre pour télégraphier à grands frais juste l'essentiel, ces câbles vont-ils devenir sans objet ?

Pourquoi des câbles, alors qu'existe la T.S.F. et que de simples amateurs ont déjà réussi à communiquer entre Nice et la Nouvelle-Zélande (c'est là, je crois, le record actuel et à peu près définitif, puisqu'il touche à la liaison des antipodes).
Cette question, le public ne se la pose que s'il lui arrive de débourser quelques centaines de francs pour un petit télégramme de Paris à Madagascar. Or, jusqu'à ces derniers temps, savez-vous le bénéfice que faisait l'Administration des P.T.T. sur un pareil télégramme ? Elle perdait exactement 9 francs par mot, étant obligée de passer par un câble étranger pour assurer son service.
Mais l'autre jour, la station de la Croix-d'Hins a transmis à Tananarive autant de télégrammes qu'elle a voulu, avec la régularité d'un câble renouvelant ainsi, avec succès, les expériences déjà faites, en 1925, entre Nice et Ajaccio. La T.S.F. atteint donc à son but qui est le service pratique et régulier.
Ce succès est dû à l'ingéniosité et à la persévérance d'un ingénieur des P.T.T., sorti du rang, M. Verdan.

Le problème à résoudre consistait en ceci : 1° éliminer les «parasites» atmosphériques; 2° assurer le secret des communications.
Les «parasites» sont des ondes qui parcourent l'atmosphère venant d'on ne sait où. Un orage qui éclate quelque part, dans l'océan Indien ou dans les Antilles, envoie, à chacun de ses éclairs, un train d'ondes qui fait parler les antennes du monde entier, à tort et à travers, se mêlant, pour les brouiller, aux conversations régulières entre les différents postes. Jusqu'ici, deux télégraphistes conversant entre eux par signaux Morse, à grande distance, n'avaient qu'un seul moyen de se comprendre au milieu de ce tohu-bohu atmosphérique: c'était de répéter à satiété les signaux transmis, comme on fait dans un téléphone de ville quand, à travers la friture on épèle inlassablement (A, comme «amadou», B, comme «Baptiste») etc.
Or, l'idéal du télégraphe, supérieur à celui du téléphone est d'accélérer l'énoncé, bien au delà des facultés de l'écriture humaine. C'est le principe du télégraphe Baudot qui fait chevaucher, sur un même fil, les transmissions simultanées de plusieurs opérateurs.
En d'autres termes, le télégraphe doit absorber, puisqu'il le peut, le travail simultané de plusieurs opérateurs manuels. Grâce au système Baudot, on transmet ainsi, en bonne moyenne un milliard de mots à l'heure, dans un seul sens de la ligne, sans préjudice des systèmes duplex, permettant de télégraphier en sens inverse.
Les câbles sous-marins ont réussi à s'assimiler le Baudot. Entre Brest et Casablanca, le câble transmet jusqu'à 4.500 mots à l’heure. Le câble est, comme on voit, plus rapide que la ligne ordinaire, grâce à son système très spécial d'enregistrement (syphon-recorder).
Adapter le Baudot à la T.S.F., n'offrirait aucune difficulté particulière, s'il n'y avait ces fameux parasites atmosphériques. Vous concevez, en effet, que. sur une ligne où les signaux se succèdent avec une telle rapidité, il faut une netteté parfaite. Le système Verdan réalise l'écran protecteur qui va mettre le Baudot sans fil  à l'abri des parasites atmosphériques.
Le principe, sinon le détail technique de la chose, se comprend aisément.
M. Verdan s'arrange pour répéter trois fois de suite chaque signal transmis dans le code Morse. Cette répétition est automatique. Chaque fois qu'un signal est lancé dans l'antenne, il est, en même temps, enregistré par un appareil chargé de l'emmagasiner et de le relancer dans le distributeur d'antenne, un instant après. Ce relancement du signal donne lieu d'ailleurs à un second emmagasinement dans un second appareil exactement semblable, lequel appareil relance le signal une troisième fois. Ainsi chaque signal est répété trois fois au départ.
A l'arrivée, le signal est également reçu dans des appareils emmagasineurs qui se le renvoient, de même qu'au départ en trois cascades successives, avant de le livrer à la réception définitive. Dans ces conditions, que devient une onde parasite qui se présente à l'appareil récepteur ? Elle peut s'emmagasiner naturellement, elle aussi. Mais pour qu'elle parvint à la réception définitive, il faudrait qu'elle aussi s'emmagasinât trois fois de suite. Et pour cela il faudrait, qu'elle parvint au même rythme que le signal régulier. Faute de quoi, l'appareil Verdan ne tiendra, au total, aucun compte, de l'onde parasite.

Or, les parasites atmosphériques qui sont la fantaisie même, n'ont aucune chance d'arriver jamais à l'antenne au rythme prévu. Donc, aucun parasite ne passera. Et le télégramme sera d'une netteté parfaite.
Une telle sélection étant organisée, on imagine sans peine que l'on puisse la pousser plus loin.
Les deux postes correspondants peuvent en effet s'arranger en convenant d'un rythme spécial de transmission, pour qu'une tierce station ignorant ce rythme conventionnel soit dans l'impossibilité de traduire les ondes interceptées. Pour la tierce station, non initiée à la clef de transmission, les ondes du télégramme seront toutes des «parasites» sans ordre, donc sans signification.

Tel est, dans ses grandes lignes le dispositif Verdan qui va nous libérer de la nécessité d'utiliser les câbles étrangers et nous permettre même d'abandonner les nôtres «à la culture des moules».
Le Baudol-Verdan n'atteint pas encore la vélocité du Baudot ordinaire. Il reste de petits détails à mettre au point. Cela se conçoit. Mais il ne saurait tarder à transmettre, lui aussi, ses 1.000 mots à l'heure. Il ne reste plus qu'à marcher sur des ondes moyennes ou courtes, ce que permettent les puissantes «lampes oscillatrices» actuelles, et à abandonner la formule ruineuse des stations géantes à «alternateurs», du type Croix d'Hins ou même, hélas ! Sainte-Assise.
A peine nées, ces grandes usines hertziennes sont déjà fossiles ou sur le point de le devenir.

JEAN CABRERETS.

 


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