| Le Quotidien - 14 septembre 1926 |
Un plébiscite sans votants qui réunit tous les suffrages.
Rue des Martyrs, un peu au-dessous du boulevard Rochechouart, s'ouvre une large impasse tranquille, la cité Malesherbes.
C'est là, au consulat d'Espagne, que les sujets du roi Alphonse, et même les sujettes peuvent venir témoigner de leur amour pour le régime autoritaire en général, et pour celui du général Primo de Rivera, en particulier.
Le plébiscite est ouvert. Evènement historique, capable de provoquer des manifestations, tout au moins un embouteillage de la cité. Il y a tant d'Espagnols à Paris !
Près de la grille, deux agents sont en faction. Et ces deux civils moustachus qui arpentent le trottoir sont là, de toute évidence, pour leur prêter main-forte.
Cependant, dans la cité, de rares passants vont et viennent.
Avançons. Sur la droite, voici le consulat. Il offre, au rez-de-chaussée, un large vestibule. Et ce vestibule est quasi désert.
De temps à autres entre un visiteur. Teint basané, yeux de braise. Vient-il voter ? II s'approche de l'huissier et parlemente en espagnol.
On lui indique le fond du couloir. II s'y dirige et, longuement, on le voit se pencher à des guichets, au-dessus desquels est écrit le mot «Pasapuertos» (Passeports).
Le visiteur revient enfin. Au passage, il jette un regard vers une affiche, où l'on peut lire, au-dessus d'une grande flèche bleue : « Plebiscito ».
La flèche indique une porte close. «Entrez donc, semble-t-elle dire.... en passant... ça ne vous dérangera guère...»
Le visiteur passe. Même par occasion il ne votera pas pour le dictateur. Peut- être entrerait-il, s'il avait le droit de voter contre. Mais ce n'est pas permis.
Les visiteurs se, succèdent, aucun n'ouvre la petite porte indiquée par la flèche bleue.
Cependant, interrogez le consul sur l'attitude des Espagnols de Paris, il vous répondra :
Magnifique ! On vote en masse pour le gouvernement !
Au fait, il y aura peut-être en effet une majorité imposante! -
D. M.
| retour 14 septembre 1926 |



