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Paris-Soir - 12 septembre 1926

 


Méthode nouvelles : la prochaine guerre n'aura nul besoin de soldats et de généraux

DU POINT DE VUE DE SIRIUS
Méthodes nouvelles

C'est avec un intérêt mêlé de beaucoup d'angoisse que je suis les articles documentés, terriblement documentés, publiés par le plus grave journal de la République: le Temps. Ces articles-études, dont l'auteur est un technicien, le général Nudant, nous apportent, sur les menées et préparatifs allemands en vue de la prochaine «fraîche et joyeuse», des détails à faire frémir.
Je ne pense pas être suspect de nationalisme et de bellicisme. J'ai toujours professé la sainte horreur de la guerre et repoussé avec mépris les exaltations sanglantes de forcenés qui, d'ailleurs, envoient les autres se battre à leur place. Je dois même avouer que j'ai fait la dernière glorieuse en rechignant, par force, et dans la posture ridicule du héros malgré lui. Ceci dit, je suis bien obligé de prendre au sérieux les révélations qu'on nous fournit sur l'Allemagne guerrière.
Nos voisins, paraît-il, ont poussé jusqu'à son extrême développement la science de la «guerre chimique». Ils ont construit, un peu partout, des centaines d'usines à gaz. Ils construisent également des avions, lesquels auront pour mission de transporter les explosifs, quand sera venu le moment. Et le technicien du Temps nous affirme qu'il suffira de déverser sur une cité comme Paris, huit cents tonnes de «phosgène» pour anéantir les trois quarts de la capitale. Cette opération pourrait s'accomplir en quelques heures. Il faut trois heures pour venir de la Forêt Noire sur Paris. Et il faut trois attaques pour que «le sinistre problème soit résolu».
Voilà donc ce qu'on nous promet pour un avenir assez proche. C'est gai. Et je songe que, dans ma jeunesse, nous étions quelques-uns à rêver de fraternité idéale, de bonté agissante. de violence mise au service de la justice et de la paix sociales. Allez donc essayer, aujourd'hui, de lutter contre la chimie moderne. Je songe aussi que nous combattions ardemment le militarisme. Mais le militarisme est devenu un jeu d'enfants, un jeu que nous allons regretter.
La prochaine guerre n'aura nul besoin de soldats et de généraux. Cette histoire-là est finie. Jusqu'ici, quand un conflit explosait on transformait les civils en militaires et on les envoyait tuer ou se faire tuer. Demain, les civils se tueront directement, sans bouger, ou presque, de place, sans ordre de mobilisation, sans uniformes, sans fusils ni canons. Les techniciens de la mort se chargeront de tout.
Car, le seul remède qu'on préconise contre la malfaisance des chimistes d'outre-Rhin consiste à les imiter. On pourrait leur dire : «Attention! Vous allez provoquer des catastrophes irrémédiables. Arrangeons-nous pendant qu'il en est temps encore» Mais non! Ce seraient là fariboles pacifiques. On préfère leur crier : «Attendez ! Vous fabriquez des gaz; nous allons en fabriquer aussi. Vous vous préparez à détruire Paris. Nous allons prendre nos dispositions pour détruire Berlin! »
Gaz contre gaz! Assassins contre assassins. Pauvre de nous !
Quand la chose se produira (espérons qu'il y faudra encore quelques années), je ne serai peut-être plus là ou j'essaierai d'abriter ma vieille carcasse quelque part, dans une caverne de troglodyte, loin de la gent civilisée. Mais, en attendant, je plains nos enfants et les enfants de nos enfants.

Victor MERIC.

 


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