| L'Œuvre - 12 septembre 1926 |
LE PRIX DU GAZ AUGMENTE GAZ
De quelques erreurs, omissions et tractations singulières
De fidèles lecteurs de l'Œuvre m'ont adressé ou apporté des renseignements complémentaires intéressants sur divers points relatifs à la gestion de la Société du Gaz.
Comment n'avez-vous pas eu la curiosité de rechercher, m'écrit un correspondant, le pourcentage de frais de vente qui est affecté au coke?
J'ai repris les documents de la Société du Gaz et en me livrant à de nouveaux calculs car le renseignement n'est nulle part porté dans les comptes je trouve que la tonne de coke, en 1924, fut vendue en moyenne 138 fr. 14 centimes, mais que, défalcation faite des frais de vente, il n'entrait que 104 fr. 40 dans les caisses de la Société. C'était déjà quelque chose que 33 fr. 74 de frais de vente par tonne de marchandise vendue. Mais en 1925 la Société du Gaz a fait mieux. La tonne de coke fut vendue au prix moyen de 118 fr. 51 et grevée de 45 fr. 67 de frais de vente. Ce qui fait que la Société ne porte en recettes que 72 fr. 85 par tonne. Personne à l'Hôtel de Ville n'a songé à trouver ces frais exagérés. Cela fait tout de même du 40 % sur les seuls frais de vente du coke, tous les autres frais étant comptés dans la fabrication même du gaz. Cela nous paraît excessif.
«Vos calculs sont exacts, nous écrit un autre lecteur, si l'on prend le prix de vente des sous-produits donnés par la Société, mais renseignez-vous et vous verrez que le prix moyen du brai en 1925 dépassa 270 fr., alors que la Société indique 234 francs; le prix du benzol ne fut pas inférieur à 2.100 francs, alors que, dans les documents fournis au Conseil, il est porté à 1.820 francs; les huiles lourdes, dont le prix est établi à 490 francs par la Société, valaient, en réalité, plus de 560 francs.»
Ces précisions sont encore exactes, nous avons pu les vérifier.
«Ne vous étonnez pas outre mesure, nous dit un ami, la Société du Gaz a bien vendu ses sous-produits aux prix qu'elle indique, mais il s'agit de savoir à qui elle les vend.
«Eh bien, elle les vend en totalité, ou presque, à des sociétés dont les dirigeants de la Société du Gaz sont administrateurs. Et alors, vraiment, pouvez-vous exiger que ces administrateurs se vendent à eux-mêmes des marchandises aux prix les plus forts ?
«Le Conseil municipal admet que, par un malheureux hasard, ce soit toujours au prix le plus bas que soient vendus les sous-produits par la Société du Gaz. Ce n'est pas vous qui ferez changer ces habitudes. Vous pourrez constater que la Ville perd de l'argent avec son exploitation du gaz, mais vous aurez, par contre, la satisfaction de savoir que les sociétés qui achètent ces sous-produits font de très brillantes affaires et distribuent d'énormes dividendes à leurs actionnaires. Pourquoi ce résultat ne vous contenterait-il pas, puisqu'il satisfait le Conseil municipal ?»
Cet ami est un doux philosophe, mais les 862.439 abonnés du gaz ont-ils la même philosophie? Nous ne le pensons pas. «Le prix du gaz doit être augmenté, a-t-on dit au mois de juillet dernier au Conseil municipal, parce que la vente des sous-produits n'a pas donné de bons résultats.» Et le Conseil sans se renseigner autrement a porté à 85 centimes le prix du mètre cube de gaz.
Le Conseil eût pu, dès ce moment, demander quelques précisions sur les conditions dans lesquelles avaient été vendus les sous-produits pendant les premiers mois de 1926. Il se serait alors rendu compte qu'une hausse énorme s'était produite, hausse qui pouvait aisément, et sans augmentation du prix du gaz, faire rattraper les 8 millions de déficit annoncés pour 1925 et laisser à la Ville un large bénéfice en 1926.
Le brai, que la Société du Gaz donnait comme ayant été vendu 234 francs moyenne, est à 650 francs; le benzol, de 1.820 francs passe à 2.600; les huiles lourdes au lieu de 490 francs furent cotées dernièrement plus de 1.300 francs.
Voilà qui doit faire présager de forts bénéfices pour 1926 et, il faut l'espérer, une diminution du prix du gaz.
Nous savons que le syndicat général du personnel de la Société du Gaz, soucieux de prouver que ce ne sont pas les salaires qui sont la cause de l'augmentation, se préoccupe de réunir une documentation précise qui sera portée à la connaissance de tous les conseillers.
Les élus de Paris n'auront alors plus d'excuses s'ils continuent à laisser faire et à surcharger sans raison les Parisiens.
HENRY MONTAZEL.
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