| L'Œuvre - 12 septembre 1926 |
La première vente au détail
au marché de la Villette a été des plus instructives
C'était hier après-midi, de 4 h. 15 à 5 heures, la première vente, au détail, au marché de réassortiment des abattoirs de la Villette.
J'avoue que j'étais sceptique sur les résultats. Je me trompais, puisque plus de 300 acheteurs et acheteuses du quartier et de la banlieue voisine ont profité de l'occasion que leur offrait le préfet de police d'acheter de la viande moins cher que chez les bouchers.
Voici, en effet, les prix qui ont été pratiqués au kilo :
Aloyau de 11 fr. 50 à 14 fr. 50. Gigot de 12 francs à 16 francs. Epaule de 10 francs à 11 francs. Veau (cuissot): depuis 3 fr. 75 la livre. La comparaison de ces prix avec ceux que nous payons chez les détaillants est des plus intéressantes et elle est particulièrement instructive en ce qui concerne l'aloyau et le cuissot de veau. On peut dire qu'en ce qui concerne ce dernier morceau, il y a entre les cours pratiqués hier à la Villette et ceux qui sont affichés à l'étal du boucher une différence de 60 % !
Pardon, disent les bouchers détaillants, il y a la qualité. Nous autres, nous ne vendons que de la viande de choix.
On sait ce qu'il faut retenir de l'argument. A la Villette, il y a des viandes de trois qualités différentes. Lorsqu'elles sortent des abattoirs, il n'y a plus à l'étal du détaillant qu'une seule qualité la première. Rappelez-vous l'histoire du «pacha» que je contais l'autre jour.
Les détaillants qui, d'ailleurs, étaient venus hier voir «comment ça se passerait», n'ont pas été beaux joueurs. C'est par des plaisanteries d'un goût douteux que certains d'entre eux ont accueilli les ménagères venues aux achats, et M. Léchevin, commissaire spécial aux abattoirs, a dû les rappeler à une attitude plus correcte. Il s'est par ailleurs, mis en quatre, pour faire servir les acheteurs, car les facteurs et les approvisionneurs avaient été quelque peu surpris par une affluence qu'ils n'avaient pas prévue. M. Lhenry, conseiller municipal du quartier, surveillait officieusement les opérations, avec quatre vétérinaires qui s'assuraient officiellement de la qualité des viandes débitées.
En somme, excellente journée. La vente au détail à la Villette a démontré - et c'est dans cette constatation que réside son principal intérêt, qu'une baisse sensible pourrait et devrait être consentie par le détaillant. Elle a institué, en réalité, un contrôle particulièrement suggestif des prix. C'est pour cette raison qu'on ne saurait trop féliciter notre excellent préfet de police d'avoir ouvert aux ménagères les portes du marché de la Villette.
H. G.
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