| L'Homme Libre - 05 septembre 1926 |
Le journal belge Pourquoi Pas nous dit qu'il existe à Waterloo un guide qui raconte aux visiteurs, à sa manière, la célèbre bataille. Mais Pourquoi Pas ajoute que ce guide n'est qu'un guide d'après-guerre, pâle reflet de l'un de ses prédécesseurs qui était, paraît-il, légendaire :
« Napoléon, messieurs, disait le guide, c'était un petit court, avec le menton en galoche, et des boutons argentés; l'empereur avait l'habitude de ne jamais engager une bataille sans se faire appliquer sur le crâne un cataplasme de farine de lin, habilement dissimulé par son petit chapeau. C'est parce qu'il n'a pas pu trouver de farine de lin à Waterloo qu'il a été battu... Là-bas, à gauche, près de ce tertre que vous voyez, c'est là que l'armée française était embourbée... Un peu plus loin, sur ce mur rouge, c'est là que les Français ont tiré, croyant que c'étaient les Anglais... Dans le bas, c'est la ferme de la Belle Alliance, ousque les généraux buvaient leurs chopes après la bataille; même qu'il y en a deux qui se sont donné une indigestion de bouke-notjes. De l'autre côté se trouve le fameux ravin, cause de la perte de la bataille; l'empereur, étant trop petit, monta sur ses étriers; il ne vit pas le ravin et l'armée fut engloutie. Ici se trouve l'endroit le plus historique de la bataille... C'est là que l'empereur fit appeler Cambronne et lui dit comme ça: «Cambronne, il faut tirer sur les Prussiens...» Cinq ans plus tard, il mourait d'une bronchite, à la Belle Hélène, estaminet.
«Donnez-moi cinquante centimes.» Le guide vous conduisait alors à son musée particulier, où il offrait à votre admiration, d'abord, un crâne de l'empereur à l'âge de 14 ans (remarquez la protubérance du front : c'est la bosse des mathématiques); ensuite, un second crâne de l'empereur à l'âge de 30 ans (remarquez-y la bosse de l'ambition: c'est cette bosse qui l'a perdu pour toujours).
Et le guide donnait, pour terminer, ce conseil de prudence aux clients : «On trouve dans le commerce beaucoup «de crânes de l'empereur, mais il faut vous méfier: ils ne sont pas tous authentiques!»
Marcel Timmermans
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