| Excelsior - 05 septembre 1926 |
ÉVOLUTION DE L'OPINION AMÉRICAINE RELATIVEMENT AUX DETTES DE GUERRE
Les cercles de l'opposition gouvernementale mènent de plus en plus une campagne active en faveur d'une annulation ou d'une révision.
LES RENSEIGNEMENTS QU'A RECUEILLIS M. MELLON EN EUROPE
Il est certain que le secrétaire d'Etat au Trésor américain, qui vient de quitter la France, a recueilli, chez nous et en Italie, une abondante documentation sur le problème des dettes et qu'il pourra ainsi renseigner exactement son gouvernement.
Les milieux politiques français suivent attentivement l'évolution qui semble se dessiner aux Etats-Únis, dans les cercles de l'opposition gouvernementale, en faveur, soit d'une radiation pure et simple des dettes de guerre, soit d'une révision des accords existants, en vue d'une adaptation meilleure aux conditions économiques de l'Europe.
L'on fait observer que ces suggestions peuvent être davantage inspirées par des préoccupations de politique intérieure que par un souci réel d'alléger les charges des alliés. En effet, le plan Dawes lui-même, d'après certains leaders démocrates américains, devrait être, soit annulé. soit révisé. Dans une éventualité semblable, il se pourrait qu'en fin de compte la France, libérée de ses dettes de guerre, n'en restât pas moins accablée sous le fardeau de la reconstruction de ses départements envahis.
Les porte-parole autorisés de la Maison-Blanche ont riposté à la campagne démocrate pour l'annulation des dettes par la suggestion d'un referendum, mettant le peuple américain en mesure de se prononcer lui-même sur cette question.
Un plébiscite de ce genre n'aurait de chances de formuler une décision équitable que si tous les Etats européens intéressés étaient admis à faire valoir leur argumentation auprès de l'opinion publique américaine. Il n'en saurait être ainsi, toute immixtion de ce genre dans sa politique intérieure devant paraître intolérable au peuple américain.
Mêmes causes, mêmes effets
Il est bien évident que la propagande des groupes financiers et des partis politiques intéressés aux paiements européens ne manquerait pas de s'exercer sans contre-partie possible, aux Etats-Unis. On a vu, au cours des deux dernières élections présidentielles, le succès de la formule: «make them pay», «faites-les payer» qui servit de programme à la majorité des candidats républicains. Les mêmes causes produiraient vraisemblablement les mêmes effets dans un referendum sur les dettes, le peuple américain étant aussi mal informé que possible sur la situation économique et financière réelle de l'Europe.
Enfin, les intérêts de la France auraient d'autant plus de chances d'être sacrifiés dans une manifestation populaire semblable que notre pays compte, aux Etats-Unis, une proportion infime d'émigrés, comparativement à l'Allemagne et aux nations européennes.
Un referendum pourrait donc n'avoir pas d'autre résultat que de justifier le gouvernement américain dans sa volonté de ne point transiger sur le règlement des dettes. Mieux vaudrait donc, avant d'encourir un tel risque, renouer des négociations sur des bases nouvelles, ou reprendre les négociations anciennes de façon à établir un parallélisme plus logique, entre le plan Dawes et les accords de Washington.
En tout état de cause, le voyage de M. Mellon en France, où il a pris contact avec les hautes personnalités politiques et financières, et sans doute, recueilli une abondante documentation sur le problème des dettes, n'aura pas été inutile. Le secrétaire d'Etat au Trésor américain sera, ainsi, en mesure de renseigner mieux son gouvernement sur le sentiment de l'opinion publique et les vues des hommes d'Etat français. Grâce à ces clartés nouvelles, la bonne volonté réciproque aidant, l'on pourra sans doute aboutir à un règlement qui ménage à la fois, comme l'a si bien dit M. Mellon, «les intérêts de l'amitié traditionnelle» des deux nations. -
M. P.
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