| Paris-Soir - 05 septembre 1926 |
CONTRE LA VIE CHERE
Des coopératives libres se sont formées pour l'achat au détail
La vente au détail aux Halles, peu à peu s'organise et donne naissance à la curieuse constitution de coopératives libres d'achats que, pour la commodité des approvisionnements, des ménages forment entre eux..
Le marché au détail dans les pavillons n'est pas très pratique. Mais la coopérative d'achats pallie aux difficultés.
Certes, elle a un caractère particulier et très précaire.
Elle n'est réglée par aucun règlement administratif. Elle est entrée en fonction d'elle-même, en vertu de liaisons qui ne dépassent guère le cadre d'un immeuble quelconque à Paris.
Les groupements qui la constituent ne possèdent pas de statuts. Il n'a été fait aucune déclaration à la préfecture de Police; ils n'ont pas de titre et le siège social est fixé à l'endroit d'où part le représentant de la coopérative d'achats de denrées en commun.
Il n'empêche qu'il s'agit bien de coopératives.
En voici le fonctionnement, tel que M. Jouhannaud, secrétaire général de la préfecture de la Seine, et M. Ambroise Rendu, conseiller municipal, ont bien voulu nous en marquer les particularités.
Un certain nombre de ménagères se sont entendues entre elles pour acheter uniquement celles des denrées qui, par leur nature ou leur présentation à la vente, ne peuvent aisément se diviser. Comme nous l'avons vu, c'est l'une d'elles qui se rend aux Halles à l'heure propice.
A ce moment, son choix n'est pas fixé. C'est l'occasion seule qui en décidera.
Ainsi, au poisson, il y a toujours des paniers de royans ou de sardines, on en achète un. Voici un beau colin, on le prend. Il y a une manne de merlans, elle passe dans le cabas de l'achat. Un raiton de belle taille les rejoint.
Ceci est un lot de tomates. Des carottes dont on coupe les fanes... Tout un paquet de chicorées frisées ou de romaines.
Voilà des choux-fleurs par six. Un beau lot de poires. Des touffes de céleri.
Le temps est un peu chaud, on peut acquérir quelques poulets, ils seront plus frais qu'achetés le lendemain au détail.
Une marchandise dont l'acquisition est de toute nécessité, c'est le beurre. Là, on ne vend pas le beurre en petites tranches; il faut prendre la motte telle que. C'est une affaire intéressante. Il en est de même pour les grands fromages, comme le brie. Enfin, chaque jour présente sa variété et surtout son économie.
La répartition se fait entre les coopérateurs, d'après leurs conventions et le nombre des membres de chaque ménage.
D'un avis unanime, cela paie largement les frais de déplacement et de transport.
Il suffit que cette forme d'association soit connue pour qu'elle reçoive toute l'extension désirable.
Un peu de bonne volonté et une balance à domicile donneront aux coopératives privées pour l'alimentation leur charte sociale et parisienne.
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