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Paris-Soir -29 août 1926

 


Les villégiatures des gosses dans les squares et jardins publics

La Grande Saison d'Eté à Paris
Les villégiatures des gosses dans les squares et jardins publics
V. - Square Monge

Le square Monge, placé à l'intersection des rues Monge et des Ecoles, s'appuie au long d'un haut mur droit, dominé par les bâtiments de l'Ecole Polytechnique. Il faut se souvenir que les deux voies relativement nouvelles ont été creusées à flanc de coteau et forment un dénivellement très marqué entre le quartier Saint-Victor et le sommet de la Montagne Sainte-Geneviève. Ceci date de 1859.

A l'heure présente, ce jardin peu étendu a quand même une clientèle enfantine assez importante. Pourtant, et surtout vers cinq heures, l'activité est extérieure. Il y a là, dans un espace restreint, cinq ou six chantiers du métropolitain, dont deux le long de la grille du square. Ce sont d'admirables coins, recoins, cachettes, piles de bois propres aux ascensions, montagnes de gravois à gravir, restes de préparation de mortier formant des nappes d'eau difficiles à franchir si l'on n'y bâtit pas un pont, avec une planche, comme en Afrique.
Pour cela, il faut que les ouvriers soient partis et que les veilleurs de nuit ne soient pas arrivés encore. Donc, le temps propice est des plus limités pour mener à bien les opérations entrevues. Pendant que les «tout-petits» jouent dans le grand tas de sable qui leur est réservé, des émissaires attentifs sont postés derrière la grille.
Les fillettes, qui sont de mèche dans le secret, sont tranquillement assises, avec leurs mamans, sous la jolie tonnelle de vigne vierge, entourée à sa base d'un banc rustique circulaire; ce repos imitant le bois et la ferrure est en ciment armé. Autour, de beaux et grands arbres, acacias, ormes, marronniers et même un vieux sophora, donnent de l'ombre. De cet observatoire, ces demoiselles surveillent ce qui se passe dans la rue. De plus, elles signalent le départ du gardien du square, lequel a dans ses attributions, la surveillance, avec Monge, des squares de la Sorbonne et de Saint-Séverin. Quand les mamans seront parties préparer le dîner, elles seront elles-mêmes des expéditions dans la forêt et la montagne prochaines.
Pour attendre, on saute, on court, on joue à cache-cache. Il y a bien des moyens de revenir au but. D'abord, le médaillon de Ingres; puis la fontaine, qui n'est autre que la fontaine de la Childebert, avec sa coquille de voûte et son mascaron de bronze, datant du temps de Louis XIV (elle a perdu son levier de pompe depuis 50 ans); les deux grandes niches où sont les échevins de Viole et d'Aubry sont toutes marquées, le nom de ces magistrats municipaux étant gravé dans la pierre.
Comme grand but, il y a la statue de Voltaire à l'entrée. Quant à celle de Villon, en trouvère, elle est négligée, car elle est au centre d'un parterre de verdure. D'ailleurs, ces noms illustres ne leur disent rien et ils ignorent à l'égal Houdon et Etcheto, les auteurs de ces sculptures. Sur un banc, deux groupes de gamins jouent aux cartes. Le plus âgé a onze ans, peut-être. Il triche effrontément. 
A quel jeu jouez- vous? A la belote muette ?? Nous ne savons pas compter !

Léon MAILLARD.

Les villégiatures des gosses dans les squares
(Suite de la 1re page)

Des gosses qui, déjà, jouent aux cartes, et d'une façon visible, même d'une manière continue: voilà qui déconcerte.
Il est vrai que le garde est en tournée autre part et que la partie s'arrêtera d'elle-même dès que les ouvriers du Métro auront fini leur journée...
Dans ce square Monge, il manque une grande figure, celle de Monge lui-même.
Rude a fait de son illustre compatriote un masque étonnant, le plâtre original est au Louvre. Le créateur de la géométrie descriptive est identifié dans ce buste, avec toute sa volonté et sa merveilleuse intelligence. Il serait bon que les petits bonshommes du quartier, pour apprendre à compter, ensuite à bien travailler, et, non à se perfectionner dans l'exercice de la belote, eussent toujours présente aux yeux la figure pensive de Gaspard Monge, fils d'un petit marchand forain bourguignon. 

Léon MAILLARD.

 


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