| Paris-Soir -29 août 1926 |
Araignées du soir
Gros et détail
On ne veut jamais me consulter !... Si les membres de notre Gouvernement d'union nationale m'avaient demandé mon avis, avant de s'embarquer dans une pareille affaire, je leur aurais dit tout de go:
—Messieurs les ministres, monsieur le président, ne faites pas cela, vous courez au-devant d'un échec certain ! Cette idée d'envoyer les habitantes de Grenelle et de Ménilmontant, de Bicêtre et du Pré-Saint-Gervais s'approvisionner directement aux Halles est, permettez-moi de vous le dire, plutôt saugrenue à une époque où le ticket de métro coûte douze sous et le temps de la moindre laveuse de vaisselle trois francs l'heure !
» Au surplus, messieurs les ministres, monsieur le président, veuillez considérer que les Halles, marché de gros, ne sont peut-être pas organisées pour la vente au détail. Il y a environ quatre millions de consommateurs dans la région parisienne; pour que la mesure que vous préconisez eût quelque influence sur les cours des denrées, il faudrait que, chaque matin, deux ou trois cent mille ménagères accourussent sous les pavillons avec leurs paniers et leurs cabas, et alors il n'y aurait certainement pas trop de toute la police de M. Morain pour assurer le service d'ordre et dissiper l'embouteillage...
» Non, en vérité, messieurs les ministres, monsieur le président, je crois que, pour ce qui est de faire baisser le prix de la vie, il vaudrait mieux trouver autre chose ! »
A quoi mes honorables interlocuteurs m'eussent sans doute répondu qu'il ne s'agit pas le moins du monde d'amener une baisse des prix, mais seulement de faire briller d'aise les yeux du bon public en y jetant un peu de poudre et que, pour cela, ce n'est tout de même pas un simple particulier qui peut prétendre donner des leçons à douze politiciens de carrière !
Bernard GERVAISE.
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