| L'Œuvre -29 août 1926 |
Gounod et Wagner
Un de nos confrères publie actuellement une série de lettres de musiciens défunts dont la lecture laisse à penser que les compositeurs ne professent pas toujours les uns pour les autres des sentiments très confraternels. Il ne faudrait cependant pas en conclure que tous les grands musiciens furent personnels ou exclusifs dans leurs goûts artistiques.
Que Liszt ait été l'admirateur et le protecteur de Wagner, cela s'explique; mais que Gounod, dont la technique musicale était si éloignée de celle du maître de Bayreuth, ait pris fait et cause pour lui au moment de la chute retentissante du Tannhauser, à Paris, sous l'Empire, c'est plus curieux. L'auteur de Faust eut l'occasion de rendre un hommage quasi officiel à Wagner dans une circonstance qui vaut d'être signalée.
C'était à une soirée chez la princesse Mathilde, et presque toutes les personnes présentes avaient assisté à la fameuse représentation de l'Opéra. Prié de se mettre au piano. Gounod joua la Romance à l'Etoile. Quand il eut fini, l'assistance applaudit fort et demanda :
—C'est de vous, cher maître ?
—Non, répondit Gounod.
—Mais de qui? C'est délicieux.
—De Wagner. C'est dans le Tannhauser que vous avez sifflé l'autre soir, sans l'écouter.
Il y eut deux minutes de silence.
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