L'IMPOSSIBLE UNITÉ
Il semble que la C. G. T. révolutionnaire ait vécu. S'il est encore trop tôt pour crier, comme d'aucuns d'hésitent pas à le faire ce matin: « Vive la C. G. T. réformiste! » il n'en demeure pas moins que la manoeuvre communiste de la C. G. T. U. a été dénoncée par M. Jouhaux. Le mouvement syndicaliste ne sera pas accaparé par les communistes à la solde de Moscou. C'est un premier résultat.
Ainsi, M. Jouhaux s'est refusé à l'union proposée par les « unitaires ». Le « discours-programme » qu'il a prononcé pour motiver ce refus ne manque ni de netteté ni d'intérêt. Que voulaient les unitaires? S'introduire au sein de la C. G. T. pour ensuite, ainsi que nous l'indiquions, lui imposer brutalement la loi, la faire disparaître au profit d'une organisation unique ouverte à toutes les tendances du mouvement communiste. M. Jouhaux a vu clair dans cette manœuvre, et le « message de paix envoyé par la C.G.T.U. l'a laissé bien sceptique. « L'unité? Ah! la belle histoire! » Le désir d'unité tenaille « Messieurs les Moscoutaires »!; ne serait-ce pas plutôt les « 600.000 cotisants de la C. G. T. qui les font loucher »? Au surplus, comment attacher une créance quelconque en la parole de « fieffés menteurs »? M. Jouhaux n'a pas oublié que, depuis la scission, la C. G. T. U. a tout mis en œuvre pour battre en brèche son organisation. C'est trop facile de venir, un beau jour, après avoir mené contre vous les attaques les plus violentes, demander que l'on passe l'éponge. Mais la C. G. T. ne se laissera pas influencer par cette diplomatie rusée » d'un adversaire qui, loin de venir à résipiscence, entend parler en maître.
Seraient-ils même sincères qu'aucune entente ne serait possible avec des hommes qui, en obéissant aveuglément aux ordres de Moscou, « sont des bras et non des cerveaux ». Or, sur le compte des Soviets, M. Jouhaux est bien revenu. A ceux qui défendent la thèse de « la supériorité du bolchevisme comme système de gouvernement », il répond en montrant le néant des réalisations en Russie. Ruine du pays, anarchie, misère de la classe ouvrière, non, « il n'y a pas de supériorité là où il n'y a pas de liberté »."
La C. G. T., qui a suivi à l'unanimité son secrétaire général, paraît donc avoir surtout obéi à un sentiment de curiosité en consentant à recevoir et à discuter le message de la C. G. T. U. En tous cas, son siège, jourd'hui, est fait et bien fait. Elle a refusé formellement, hier, de recevoir une nouvelle délégation des « prétendus unitaires... » La cause est entendue. La C. G. T. résistera à la poussée communiste qui se manifeste dans les syndicats.
Premier résultat, avons-nous écrit. Ce n'est pas suffisant, cependant, pour que le pays reprenne confiance dans le syndicalisme réformiste, et vienne, sans plus attendre, à le considérer comme raisonnable et national. Certes, c'est quelque chose que de reconnaître, après un « examen de conscience », publiquement son erreur. M. Jouhaux fait preuve d'un certain courage quand il déclare qu'il a commis une faute quand, en 1920, « il a dit oui à la grève générale ». Par sa voix, le syndicalisme regrette aujourd'hui ses abdications devant la violence et ses complaisances répétés qui, précisément, ont fait elles-mêmes la force des violents avec lesquels il rompt. Mais le syndicalisme n'a pas retrouvé pour cela cette « neutralité politique » qu'il n'aurait jamais dû perdre. En dépit des assurances de M. Jouhaux, il demeure lié par les liens les plus étroits au socialisme politique et à la démagogie de certains partis de gauche.