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Le Matin - 22 août 1926

 


L'hydravion le plus grand du monde  essais de l'hydravion le plus grand du monde

Le vol remarquable de l'hydravion pentamoteur de haute mer

[DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL] SAINT-NAZAIRE, 21 août. Par télégramme. - L'hydravion le plus grand du monde, un monoplan à ailes épaisses de 40 mètres d'envergure, pesant au total, avec ses cinq tonnes et demie de charge utile, le poids de 17.500 kilos, tiré par cinq moteurs d'une puissance totale de 2.100 C. V., a volé aujourd'hui pour ses premiers essais officiels, puis s'est posé au large sur une mer moutonneuse, dont les vagues avaient plus d'un mètre de creux.
Des essais préliminaires avaient eu lieu le mois dernier. Mais le champ d'action s'était limité au fleuve, alors qu'aujourd'hui l'hydravion transatlantique se risqua en mer, non loin des Chantiers de Penhoët.
Ce vol sensationnel représente cinq années d'études acharnées, une dizaine de millions dépensés, la solution trouvée d'une centaine de petits problèmes annexes au problème principal.
L'ingénieur Richard, père de l'hydravion géant, nous a conté qu'il fut d'abord soutenu par l'inspecteur général Fortant, qui commande actuellement l'aéronautique. Puis il trouva aux Chantiers de Penhoët l'aide puissante grâce à laquelle il put faire construire l'hydravion géant qu'il avait étudié.
Peu à peu l'immense machine fut montée. On vit d'abord sortir la coque de 27 mètres de longueur, ayant un maître-couple aussi large que celui de ces gabares qui accostent aux flancs des grands transatlantiques, coque où le bois et l'acier se marient pour constituer une impressionnante nacelle de 8 mètres de haut, depuis le siège du pilote jusqu'au fond du radeau, divisé en trois étages, avec ses planchers à jour métalliques rappelant la machinerie des grands paquebots.

On circule dans les ailes
Les ailes de 9 mètres de profondeur furent ajustées, ailes de 17 mètres de longueur, qui sont un scientifique fouillis d'entretoises d'acier et de cintres de bois contre-plaqué. Sous ces voûtes de toile et de métal, les mécaniciens circulent pour aller aux moteurs latéraux dont les magnétos, les carburateurs, organes principaux en vol, peuvent être palpés, auscultés, remis en état. Là encore sont alignés les réservoirs d'essence et d’huile, bien éloignés de la cabine.
Le pilote qui procéda aux essais de l'hydravion, André Duhamel, aviateur d'avant-guerre, de guerre et d'après-guerre, ayant quinze ans de pratique à la mer et dans les airs, a sous ses yeux et sous la main les cadrans et les manettes qui indiquent et donnent la vie à l'hydravion transatlantique.
Un petit moteur auxiliaire sert à comprimer dans des réservoirs l'air nécessaire à la mise en marche des cinq moteurs.
Donc aujourd'hui, vers 16 heures et demie, après un essai minutieux et successif des cinq moteurs, Duhamel, à son poste, le porte-voix en main, commanda la manœuvre de mise à l'eau. Lentement, l'énorme masse descendit sur l'eau.

Un vol impressionnant
Les cinq moteurs ronflèrent bientôt et l'hydravion s'en alla par vent arrière, dans un clapotis tout blanc d'écume au fond de l'estuaire prendre le vent venant du large en rafales irrégulières et violentes. On le vit au loin, habilement manœuvré, usant de ses cinq moteurs pour se diriger, en dépit du vent, de la marée et des courants. Alors, bien orientée, la masse se mit en mouvement. Le grondement des moteurs s'accentua. L'écume blanche jaillit plus haute et plus puissante, par-dessus les ailes mêmes. Mais, peu à peu, la machine géante s'allégea. Domptant un dernier paquet de mer, elle s'éleva dans l'air de façon impressionnante et fila vers la sortie de l'estuaire, tanguant lentement sous les rafales du grand vent.
Après un quart d'heure de vol en tous sens. André Duhamel amerrit au large sur les vagues creuses et glauques et; naviguant dans l'estuaire, il revint devant les Chantiers de Penhoët où une équipe de trente hommes opéra la rentrée de l'appareil dans le grand hangar.
Les essais de l'hydravion transatlantique des Chantiers de Penhoët vont être poursuivis ces jours prochains sous la direction d'André Duhamel.

 


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