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La Dépêche - 22 août 1926

 


Les Soviets et les Baltes

LES SOVIETS
et les Baltes

Moscou montre peu d'empressement à s'engager dans un «Locarno baltique»

Paris, 21 août. Nous sommes dans l'ère des pactes de garantie. Sur le pacte de Locarno qui garantit la paix de l'Europe occidentale et les frontières fixées par le traité de Versailles se sont greffés d'autres accords accord gréco-yougo- slave, préface d'un Locarno balkanique, accord italo-espagnol chacun s'efforçant de rendre dans une région déterminée de l'Europe tout conflit impossible.
Mais il est une région encore où la paix n'est point définitivement assurée: c'est le rivage baltique. On sait qu'à la suite de la révolution russe de 1917, les pays baltes, peuplés d'Allemands, de Finnois, de Lettons, se sont détachés de la Russie et que celle-ci, revenue presqu'à sa situation géographique du temps de Pierre le Grand, s'est trouvée, séparée de la mer Baltique sauf au fond du golfe de Finlande par quatre Etats nouveaux: la Finlande, l'Esthonie, la Lettonie, la Lithuanie. Ces Etats, se sentant toujours menacés par un réveil de l'ambition moscovite, sont en fait solidaires et les négociations qu'ils ont engagées à plusieurs reprises sont une manifestation de cette solidarité. Aucun d'eux, cependant, ne saurait se sentir en sécurité tant que le gouvernement des soviets n'aura pas accepté de garantir leurs frontières. Des négociations avaient été engagées au début de l'année à ce sujet. Elles n'ont pas abouti.

Ces jours derniers, chacun des Etats baltes a entrepris d'obtenir à nouveau du gouvernement de Moscou l'ouverture de négociations préliminaires à l'établissement d'un pacte de garantie. Or, les commissaires du peuple ne semblent nullement pressés de signer un tel pacte. Sans doute, on ne peut les soupçonner de velléités d'agression, au moins immédiates, contre leurs voisins; mais il est de fait qu'ils répugnent à s'engager. Pourquoi? Peut-être parce que, comme le disait naguère à Paris, à un journaliste, M. Tchitchérine, le pacte de Locarno leur apparaît comme une machine de guerre de la bourgeoisie et qu'ils ne veulent pas plus traiter avec les gouvernements bourgeois des pays baltes qu'avec ceux des autres puissances.

Mais il ne faut pas oublier non plus que la Russie bolcheviste a, au fond, les mêmes ambitions que la Russie tsariste, et que la première manifestation de l'impérialisme russe fut, au dix-huitième siècle, la conquête des provinces baltiques.

Francis DORTET.

 

 


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