| Le Matin - 22 août 1926 |
DE MIEUX EN MIEUX!
Les roublardises du fisc
«La saison» d'été commence en juin pour finir en septembre.
«La saison» d'hiver va de décembre à mars.
Ainsi le veut la mode, souveraine maîtresse des stations balnéaires ou thermales, des villes d'eaux ou de soleil.
Les premiers à s'incliner devant elle sont les hôteliers des plages et des sources, qui ouvrent et ferment leurs établissements suivant la cadence des arrivées et des départs.
Le fisc, à leur intention, avait créé une taxe spéciale dite licence trimestrielle.
Les trimestres se comptaient de janvier à décembre. Toute fraction était due en entier. Les seuls mois de juin et de décembre coûtaient autant, à eux seuls, que les trois mois suivants. La taxe trimestrielle était don en réalité acquittée deux fois.
C'était déjà un truc, mais le fisc a trouvé mieux.
La licence trimestrielle est aujourd'hui remplacée par une licence semestrielle.
Il ne faut donc point être grand mathématicien pour saisir tout de suite la portée d'une telle réforme.
Les mois de juin et de décembre conservent en effet dans le calendrier une place immuable. Ils marquaient la fin d'un trimestre. Ils indiquent aussi bien la clôture d'un semestre. Leur valeur s'en trouve seulement doublée, comme se trouve doublée également la valeur du trimestre suivant.
L'hôtelier qui ouvre le 15 juin pour fermer le 15 septembre doit donc une première taxe semestrielle pour le temps écoulé du 15 juin au 1er juillet et une seconde équivalente pour la période suivante. C'est donc, en fait, sinon en droit, une licence annuelle qu'on impose au saisonnier (c q. f. d.).
Il eût peut-être été plus simple de le lui dire tout de suite.
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