| Le Matin - 22 août 1926 |
L'action contre la vie chère
La situation du marché des Halles a été communiquée hier matin à tous les marchés de quartier
Dès hier, quelques-unes des mesures décidées au conseil des ministres de vendredi sont entrées en application.
Ainsi, pour la première fois, le commissaire spécial des Halles a établi dès les premières heures de la matinée, une situation du marché du jour qui, polycopiée. a été envoyée par des agents cyclistes pour être affichée dans les marchés couverts et découverts des différents quartiers de Paris.
Voici ce petit rapport tel qu'il a été affiché hier matin:
VIANDES.Peuvent être vendus à des prix avantageux, les ragoûts de mouton et les morceaux de pot-au-feu, paleron, plates-côtes, collier, pis.
VOLAILLE. Arrivages moyens. Pas de changement sérieux dans les prix qui restent élevés.
FRUITS ET LÉGUMES. Les arrivages de légumes et fruits sont importants. La plus grande abondance porte sur les raisins, les melons, les haricots verts, les salades, les radis, les choux.
Ces articles sont avantageux ou très avantageux.
POISSON. Bien petit arrivage pour. un samedi. Pas de baisse à prévoir.
BEURRE. Arrivages faibles. Les beurres ordinaires sont malheureusement délaissés ; leur prix est cependant intéressant, et les ménagères devraient en réclamer à leur crémier.
ŒUFS. Aucun changement dans les prix.
FROMAGES. Une baisse sérieuse est constatée sur les bries et les gruyères. Les premiers surtout peuvent être vendus à un prix raisonnable.
L'admission du public aux Halles en fin de marché
Comme nous l'avons annoncé, à partir d'aujourd'hui dimanche, le public sera admis en fin de marché, une heure avant la clôture, à acheter au détail, dans les pavillons de gros des Halles centrales, les denrées invendues. C'est surtout à la viande, à la volaille et au poisson que cette mesure sera vraiment pratique et intéressante. Ce sont justement les deux marchés ouverts le dimanche avec le carreau forain.
Les particuliers pourront ainsi s'approvisionner aux mêmes prix que le commerçants. A la volaille, ils pourront acheter à partir d'une seule pièce alors que, en plein marché, le minimum des achats est 6 poulets, 6 lapins ou 6 canards.
A la viande, les morceaux détachés, filet, gigot, épaule, etc., pourront être acquis au prix de gros sans minimum de poids. Il est évident que les ménagères ne pourront faire couper un bifteck d'une livre, par exemple, dans un quartier de bœuf.
Chacun a déjà le droit, depuis toujours, d'acheter par n'importe quelle quantité les légumes ou les fruits sur le carreau forain. acheter de même, pavillons 6 et 8. à partir d'un seul colis d'origine. Les affiches d'ores et déjà apposées aux Halles par les soins de la préfecture de police spécifient les heures suivantes pour la vente au détail : Poissons à dater du dimanche 22 août 1926, tous les jours, de 9 h. 30 à 10 h. 30, sauf le lundi.
Volailles tous les jours (sauf le lundi), de 9 à 10 heures, jusqu'au 30 septembre. et de 10 à 11 heures, du de 10 1 octobre au 31 mars.
Fruits et légumes: tous les jours (sauf le lundi), de 9 à 10 heures.
Fromages tous les jours (sauf le dimanche), de 10 à 11 heures.
Beurres tous les jours (sauf le dimanche), de 9 à 10 heures. Les mottes ne peuvent être divisées. Les beurres en demi-kilo. quand il y en aura d'invendus, pourront être acquis par le public.
Viande tous les jours. (sauf le dimanche), de 10 à 11 heures.
La déclaration des arrivages chez les commissionnaires
Une nouvelle ordonnance a été signée hier par le préfet de police pour l'exécution des décisions du conseil des ministres celle concernant le contrôle des arrivages chez les commissionnaires du périmètre des Halles. En voici la prescription essentielle :
« Tous les matins, à 7 h. 45, les commissionnaires et négociants en gros établis dans le périmètre des Halles centrales feront remettre au commissariat spécial des Halles centrales la déclaration, par nature de marchandises, des quantités de viande, volailles, poissons, beurre, œufs et fromages mises en vente dans leurs magasins, en distinguant entre celles provenant des arrivages du jour et celles invendues la veille.
La lutte contre le regrat
Le service de contrôle des Halles va être renforcé. Aux 25 inspecteurs qui existent vont s'ajouter 25 gardiens en bourgeois qui feront fonction d'inspecteurs. La lutte contre le regrat deviendra ainsi active. On sait que le regrat est l'achat et la revente immédiate d'une denrée sur le marché. Grâce aux sanctions renforcées, ce délit disparaitra rapidement, espérons-le. Jusqu'à présent, la marchandise saisie était rendue. Désormais, elle sera mise en fourrière et vendue aux enchères à la fourrière même.
Les conclusions du rapport du comité technique de l'alimentation
Comme il avait it été annoncé, la section de la vente au détail du comité technique de l'alimentation a tenu hier soir, au ministère du commerce, en présence de M. Laskine, chef de cabinet de M. Bokanowski, une réunion au cours de laquelle M. Pierre François a remis son rapport.
Les conclusions de ce rapport ont été adoptées à l'unanimité et ont été soumises au ministre du commerce. Voici le texte complet de ces conclusions:
Par la rapidité avec laquelle ils ont établi leur rapport, par l'unanimité avec laquelle ils en ont adopté les conclusions, les représentants autorisés des organismes de répartition de l'alimentation ont apporté la preuve éclatante du sentiment qu'ils ont de la gravité de l'heure, de la nécessité de subordonner tout à l'intérêt général et d'adopter d'extrême urgence les mesures pratiques suivantes qui, seules, peuvent améliorer la situation;
Ils demandent au gouvernement
1° De persévérer dans ses efforts pour réduire et supprimer aussitôt que possible l'instabilité monétaire qui exclut la persistance des prix; cette persistance des prix, assurée par le concours des organismes d'alimentation vendant directement aux consommateurs, amènera le retour de l'équilibre économique ;
2° De ne pas se faire d'illusions sur l'efficacité des mesures de coercition, telles que la taxation, qui ne réussissent le plus souvent qu'à paralyser le jeu favorable des forces économiques au profit des intermédiaires peu scrupuleux;
3° D'agir auprès des consommateurs pour les persuader de la nécessité de faire un choix scrupuleux entre leurs besoins, réservant leur capacité d'achat aux denrées essentielles et de production nationale;
4° De procéder tout de suite à l'étude et à la mise au point d'une politique de l'importation et de l'exportation des denrées alimentaires, réservant les denrées essentielles d'alimentation à la consommation nationale;
5° De développer au maximum l'utilisation de nos ressources coloniales;
6° D'assurer aux commerçants d'alimentation la possibilité d'obtenir, par son intermédiaire, des ouvertures de crédits à l'extérieur, assurant ainsi la stabilité du change;
7° De prendre immédiatement toutes mesures utiles pour empêcher les personnes non patentées, ne possédant pas de stocks, d'opérer spéculativement sur les marchés et de fausser les cours par des opérations purement fictives.
Ils demandent à leurs adhérents :
1° D'apporter leur concours le plus entier à l'œuvre de stabilisation en facilitant la tâche du comité technique de l'alimentation;
2° D'assurer au plus juste prix, par une discipline librement consentie, une politique de persistance des prix, dans toute la mesure que permettront les conditions économiques et monétaires générales;
3° D'orienter le public vers des produits sains et de consommation courante, évitant ainsi l'achat de produits de luxe ou d'importation étrangère, qui entraîne une dépréciation monétaire;
4° D'agir en accord avec le gouvernement, et sous ses auspices, pour obtenir des producteurs et des industriels de l'alimentation une politique de persistance des prix et de standardisation rationnelle librement consentie, similaire à celle préconisée ci-dessus pour le commerce de vente directe aux consommateurs, développant ainsi la productivité nationale et favorisant, par une diminution des prix de revient, les intérêts des consommateurs;
5° De créer immédiatement, sous le contrôle du gouvernement, un office de documentation permettant groupements et syndicats d'alimentation vendant directement, de puiser les éléments d'information capables de les éclairer de façon permanente de la situation économique, de les guider dans les heures difficiles et de ménager ainsi, en même temps que leurs intérêts propres, ceux des consommateurs.
La section a décidé de se réunir samedi prochain pour continuer ses travaux et préciser diverses mesures d'application de ce programme. M. Bokanowski réunira, au début de cette semaine, les représentants du commerce d'alimentation en gros..
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