| Le Quotidien - 22 août 1926 |
Faut-il naturaliser 100.000 étrangers par an?
A quelque chose, scandale est bon.
Des étrangers en instance de naturalisation, dont les dossiers ne «sortaient» pas, s'avisèrent d'employer la méthode du bakchich. Cela finit par une dénonciation et la mise en accusation de plusieurs fonctionnaires de la Chancellerie.
Fâcheuse affaire, mais l'opinion publique était avisée de la déplorable insuffisance de l'un des services du département de la Justice. Une commission fut constituée, un rapport rédigé par M. Lambert, député du Rhône, et voici que l'on annonce un projet.
Les bureaux réorganisés et transférés de la place Vendôme à la rue de l'Université, seraient mis en mesure de préparer annuellement les décrets de naturalisation de 100.000 individus !
Le nombre est impressionnant. Voilà de quoi remuer la bile de nos nationalistes patentés, dont la devise demeure «La France aux Français».
La France aux Français ! Notre instinct des propriété applaudit, mais sommes-nous assez de Français ?
Nos statistiques démographiques accusent un déficit croissant des naissances. Les campagnes ardentes des apôtres de la repopulation n'y peuvent rien.
Ni les encouragements aux mères, ni les dégrèvements fiscaux pour charges de famille, ni les œuvres d'assistance, ni même les honneurs que l'on prodigue aux parents prolifiques n'ont jusqu'à présent opposé un obstacle sérieux à la diminution de la natalité dans notre pays.
L'égoïsme d'un bourgeois à courte vue pourrait l'inciter à dire : «Moins nous serons, plus la part de chacun sera belle».
Cependant, il ne s'agit pas d'un gâteau à partager, mais bien d'un territoire à exploiter.
La France manque d'enfants, la France manque de bras.
Sur les hauts plateaux alpestres au climat rude, les fermes sont désertées, un peu partout des villages entiers sont abandonnés. Il faut pour nos mines des Polonais, pour nos terrassements des Italiens, pour nos cultures des Belges et des Espagnols.
Si nous ne voulons pas nous contenter de mercenaires migrateurs, il n'y a qu'un moyen : créer des citoyens français.
Par chance, nous en avons la possibilité. Chaque jour, le ministère de la Justice reçoit en moyenne 250 demandes de naturalisation. Il en a accordé, l'année dernière, 8.925. Il ne put faire mieux «faute de main-d'œuvre».
Les surpatriotes ne vont-ils pas sonner le tocsin ?
«Eh quoi ! diront-ils, on va nous annexer un contingent de 100.000 métèques tous les ans, qui seront autant de faux frères, respectueux de la loi d'Heilbrück s'ils sont Allemands, et prêts à devenir autant d'espions au jour de la mobilisation.»
Ridicules alarmes ! Notre beau pays, par les dons de la nature autant que par ses institutions libérales, fixe et retient l'étranger. Il l'assimile, la preuve en est faite. Nos gouvernants seraient sagement inspirés s'ils s'avisaient de définir une politique de l'immigration. Dix ans de séjour d'épreuve, c'est une longue période que d'excellents esprits proposent de réduire à trois ans. Nous n'avons rien à craindre de la formation d'éléments allogènes.
La France doit avoir la population que nécessite l'exploitation normale de ses richesses. Qu'elle laisse donc venir à elle les braves gens de tous les pays!
INTERIM.
| retour 22 août 1926 |



