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La Dépêche - 15 août 1926

 


René Bouré a retrouvé sa mère

René Bourré a retrouvé sa mère
Elle habite à Grougis, dans l'Aisne

Paris, 14 août. - On imagine sans peine quelle abondance de lettres et télégrammes a valu à M. Peltier et à la presse la publication de l'histoire de René Bourée, l'enfant que la guerre avait jeté, un soir, sans souvenirs, sur le quai de la gare de l'Est. De tous côtés ont afflué des renseignements contradictoires. Plusieurs familles se déclaraient prêtes à reconnaître en René Bourée un enfant disparu. Cependant, hier matin, M. Peltier recevait plusieurs témoignages concordants qui ne pouvaient laisser qu'une faible place au doute. Un industriel de Reims écrivait, en effet :
«II est fort probable que l'enfant, qui a été mêlé à une troupe de réfugiés, à Chauny, est le fils que ma sœur Marguerite Bourée, a eu en 1913, à Vadencourt, dans l'Oise, d'un officier de réserve qui devait aller mourir, en 1920, au Havre, sans s'être préoccupé davantage de l'enfant.»
Les recherches aussitôt entreprises à Vadencourt firent retrouver l'acte de naissance de l'enfant, que voici :
Commune de Vadencourt (Aisnej. René-Lucien Langlet, né le 7 août 1913, inscrit le même jour, fils de Langlet (Paul-Alfred), de profession et domicile inconnus, et Bourée (Marguerite-Herminie), demeurant à Chauny.
D'autre part, un ouvrier mécanicien de Paris, M. Vérinaux, avait connu en 1914, Chauny, Marguerite Bourée et son nouveau-né, le petit René.

Roman
Contrairement à ce qu'avait pu laisser tout d'abord croire une enquête forcément incomplète, Mme Marguerite Bourée, la maman du petit René, recherchait en vain son fils depuis dix ans. Mme Marguerite Bourée, factrice et porteuse de courrier, aujourd'hui âgée de 33 ans, vit à Grougis, dans l'Aisne, avec sa mère et sa fille Liane, âgée de 11 ans.
Mariée en 1909, à Vadencourt, avec M. Paul Langlet, Marguerite Bourée n'était pas heureuse en ménage; elle quitta son mari en 1911 et partit pour Chauny; reprenant son nom de ieune fille, elle refit sa vie avec un officier en retraite, M. Brocheton. René naquit le 7 août 1913 de cette union, puis ce fut la guerre où le mari fut tué. Les Allemands arrivaient. M. Brocheton passa à travers les lignes en compagnie de quelques soldats anglais attardés à Chauny. Marguerite Bourée ne devait plus le revoir il mourut en 1920 dans un hôpital du Havre.

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Suite de notre information de 1re page 
Marguerite Bouré restait seule avec son fils, sans argent, sans travail, en butte, comme toutes les femmes, aux pires exigences de l'envahisseur. Il fallait manger. Elle fut embauchée à l'hôpital militaire en qualité de femme de service. Une mauvaise piqûre au médius de la main droite, en 1915, lui valut l'amputation de ce doigt.
Entre-temps, Liane étant née, Marguerite Bouré travaillait péniblement; l'autorité lui fit un sort: en septembre 1916, elle était évacuée sur Laon avec sa petite fille et René était confié aux religieuses de Chauny. En mars 1917, au cours de la panique qui suivit les bombardements, des trains de vieillards et d'enfants furent envoyés sur Paris dans une hâte affolée. René se trouvait parmi ces évacués; sa mère n'en savait rien; elle va retrouver son fils, demain, chez M. Peltier.
Les intentions de M. Peltier
Ce n'est pas sans émotion, on le devine, que l'ancien directeur du «Secours de guerre», dont on ne saurait trop, dans cette affaire, louer la diligence, attend le moment où il va falloir décider du sort de son protégé.
Elevé en citadin, choyé, mis sur un même pied d'égalité avec la fille même de M. et Mme Peltier, René Bouré, rendu à sa véritable famille, qu'il n'a pas appris à aimer, dans un milieu tout différent, peut-être bientôt employé au travail des champs, va-t-il connaître le bonheur? C'est ce que se demande M. Peltier. Le petit ne laissera-t-il pas son cœur auprès de ceux qui ont su le gagner, surtout auprès de Mme Peltier, qui l'aime profondément?
Par deux fois, l'Académie française a décerné un prix Montyon à M. Peltier. Le commissaire de police du quartier de la Monnaie a scrupuleusement mis de côté l'argent de ces prix -12.000 francs pour servir, plus tard, à l'établissement du petit René. Par tout cela n'a-t-il pas acquis de véritables droits moraux sur l'enfant qu'il a recueilli? En tout cas, son intention est de réunir un conseil de famille, sous la présidence du juge de paix du canton de Wassigny, avec la mère et la grand'mère, ainsi que l'ongle, qui gère un magasin d'alimentation à Reims et qui possède dans cette ville une excellente réputation. M. Peltier espère qu'il sera nommé tuteur de l'enfant et il continuera alors à s'occuper de lui comme par le passé. Quant au petit René Langlet, il est actuellement dans une colonie de vacances; il ne sait rien.

 

 


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