| Le Quotidien - 15 août 1926 |
Notre Politique
LES PLAINTES DE L'EXÉCUTIF
Avant que d'être au pouvoir pour la quatrième fois, M. Poincaré avait exposé, dans une longue lettre rendue publique, son sentiment sur la méthode de travail du Parlement.
Nul alors ne prit garde à la critique d'un sénateur; aujourd'hui, chacun commente l'opinion d'un président du Conseil.
Qu'avait donc dit M. Poincaré, expert en l'art de gouverner?
En substance ceci : «Les Commissions sont autant de Comités de salut public; elles empiètent sur l'Exécutif et gênent l'action gouvernementale.»
Tous les contempteurs du régime parlementaire sont en joie.
«Comme il a raison, disent-ils, ce président qui supporte impatiemment les discussions et les curiosités de ces sortes de clubs! Ne nous faut-il pas un gouvernement qui gouverne ? »
La querelle entre les Parlements et le Pouvoir est aussi ancienne que les Parlements eux-mêmes.
M. Poincaré n'ignore certes pas que nous avons fait plusieurs révolutions pour établir solidement les garanties du peuple contre les empiétements du pouvoir dirigeant.
Il se contenterait donc de restreindre l'action des grandes Commissions, il souhaiterait qu'elles ne fussent ni grandes, ni permanentes.
Un organisme parlementaire qui dure est toujours menaçant pour des cabinets éphémères.
Eh bien! nous tenons pour excellente, faut-il le dire, l'institution des Commissions parlementaires avec attributions étendues, nous y voyons l'une de nos garanties essentielles.
Des assemblées composées de plusieurs centaines d'élus peuvent subir l'entraînement d'une parole trop habile, l'erreur peut leur sembler vérité, par les prestiges de l'éloquence.
Les Chambres décident trop souvent sous le coup de la passion du moment.
Les Commissions ont une haute mission de confiance. Elles étudient, elles enquêtent, elles amendent, elles opèrent la mise au point de travaux trop souvent improvisés. Combien de projets émanant de l'initiative ministérielle furent, par elles, écartés à bon escient, ou redressés, au mieux de l'intérêt démocratique !
Les grandes Commissions doivent être permanentes, car leur renouvellement annuel romprait la continuité de leur effort. L'expérience, fille du temps, les guide, leurs avis orientent une assemblée indécise. L'Exécutif est-il tenu en échec ? Non, s'il sait faire, loyalement, une collaboratrice d'une sélection de compétences parlementaires. Et il a toujours le droit d'appel devant l'Assemblée.
Un gouvernement fidèle à la tradition républicaine doit savoir s'appuyer sur une force bienfaisante et venue du suffrage universel.
M. Poincaré, président du Conseil, n'est pas homme à la dédaigner dans les présentes conjonctures, malgré la critique de M. Poincaré, sénateur.
INTERIM.
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