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La Dépêche - 15 août 1926

 


L'Amérique accapare nos Trésors artistiques

L'AMÉRIQUE ACCAPARE 
nos Trésors artistiques
Il faut renforcer la loi sur les monuments historiques

Paris, 14 août. La montée récente des devises étrangères a fait apparaître dans toute sa gravité un péril qui menace depuis quelques années, et dès avant la guerre d'ailleurs, notre pays: il risque d'être dépossédé, au profit de l'opulente Amérique, de ces richesses artistiques, qui sont l'un des éléments les plus précieux de notre patrimoine national.
Veut-on des exemples? L'une des portes de l'abbaye de Comminges, ornée d'un haut-relief magnifique, est devenue la propriété d'un antiquaire bien décidé à vendre le bas-relief. A un antiquaire encore les arcades de St Martory et cet antiquaire n'est pas disposé, on peut bien le croire, à les y laisser. D'émouvants ou imposants vestiges du passé : le cloître de Charlieu, le château de la Mothe Saint-Heroy sont menacés également de démolition. Les fenêtres gothiques des Dominicains de Sens, l'escalier de François Ier, d'Abbeville; le cloître de Marciac ont émigré.
Est-il possible d'arrêter cette emigration? Oui, en classant les monuments historiques, les œuvres sculpturales ou architecturales que nous voulons conserver. Mais la loi de 1913 exige, lorsqu'il s'agit de classements nouveaux, le versement d'une indemnité aux propriétaires. Les sommes nécessaires, ni l'Etat, on s'en doute, ni les municipalités n'en disposent toujours. On a vu, pour conserver les vestiges du passé, telles d'entre elles s'endetter.
Aussi plusieurs parlementaires MM. Cuminal, Victor Bérard, Chasténet, entre autres, ont-ils élaboré une proposition de loi tendant à donner au ministère des beaux-arts le droit de classer d'office tout monument historique, toute œuvre qui lui en paraîtra digne et d'en interdire au propriétaire le déplacement ou l'exportation sans indemnité. Ainsi le droit de propriété serait en cette matière limité par le droit supérieur du pays à conserver ses richesses artistiques. Et nous n'aurions l'humiliation de voir les Américains réaliser sur notre dos de bonnes affaires le sculpteur yankee, commerçant sans doute autant que sculpteur, qui acheta le cloître de Marciac, le revendit en Amérique douze millions!

L. A.

 


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