| Excelsior - 15 août 1926 |
LES INQUIÉTUDES DES SOVIETS
PSKOV, 14 août. Les bruits les plus divers touchant la situation à Moscou courent en province. Les communistes eux-mêmes n'envisagent pas l'avenir sans inquiétude. On parle, en particulier, d'une certaine effervescence dans l'armée rouge. Ces bruits sont accueillis avec d'autant moins de scepticisme, que Lachevitch avait de nombreuses attaches dans l'armée et y jouissait, en qualité de chef de la section politique, d'une très grande influence.
On prétend que dans beaucoup d'unités, les militants communistes ont organisé une série de réunions où ils ont désapprouvé les mesures prises contre Lachevitch. Ces protestations ne se bornent pas à des formules platoniques, mais contiennent des menaces précises. On dit même que des éléments militaires seraient, en certains endroits, passés aux actes; en tout cas, le mouvement a un caractère aigu et le parti bolchevique est à un tournant décisif de son histoire.
Ce qui inquiète surtout le Kremlin. c'est l'attitude de M. Trotzki. On estime que les éléments activistes de l'opposition obéissent à ses directives et on s'attend à tout de sa part.
Que Lachevitch, même, ait agi selon ses instructions, cela ne fait de doute pour personne. Trotzki, par contre, fait montre d'une circonspection extrême: il s'est borné, dans le discours qu'il a prononcé au pleurum, à faire la critique des méthodes adoptées par les dirigeants actuels en politique extérieure. Il s'est contenté de rappeler combien les bolcheviks ont surestimé les tendances révolutionnaires du prolétariat occidental, et combien cette erreur nuit à une influence réelle de l'U. R. S. S. sur les masses ouvrières étrangères. Cette prudence n'a pas permis à M. Staline et à ses partisans de porter un nouveau coup à Trotzki pendant le pleurum. Une victoire décisive des dirigeants actuels sur l'ancien chef de l'armée eût fait d'autant mieux l'affaire du Politbureau que Trotzki continue à être très populaire dans l'armée rouge et conserve des relations très amicales avec les chefs militaires; il pourrait même être dangereux dans la période actuelle de tension d'entreprendre quoi que ce soit contre lui.
Dans tous les milieux communistes, indistinctement, opposants ou non opposants, l'animosité contre M. Staline croît de jour en jour; on l'accuse de manquer absolument de souplesse et d'être par trop intransigeant.
Il n'est pas impossible qu'on tente une réconciliation avec l'opposition afin de parer aux dangers menaçants, mais, selon les apparences, c'est l'opposition qui, se sentant soutenue par le gros des communistes dont l'état d'esprit la pousse vers une action décisive, semble se montrer intransigeante.
L'armée cause des désordres à Odessa et à Moscou.
REVAL, 14 août. La presse balte signale que des désordres ont été causés par l'armée dans les rues de Moscou et d'Odessa. Il y a eu des blessés et des morts. Des pancartes murales, signées du président Sovnarcom, invitent la population des grandes villes, pour maintenir l'ordre, à se soumettre aux mesures prises par les autorités. La défense du Kremlin a été renforcée par l'artillerie légère.
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