| Le Funi - 15 août 1926 |
A COUPS DE CISEAUX…
UN FIL A LA PATTE!
Il était très curieux cet avion qui parvint au Bourget, le 26 mai, avec, accroché à sa béquille, un long fil téléphonique... Arrivé au-dessus de l'aire d'atterrissage, le pilote commença une série de virages assez serrés; le fil formait une sorte de sillage et, du sol, on se demandait ce que pouvait bien être ce serpentin inusité.
- C'est l'antenne de T.S.F. qui s'est déroulée, affirma quelqu'un..
- Non, répondit un collaborateur de M. Renvoisé. C'est un fragment de ligne téléphonique que le Goliath a emporté au départ de Croydon. L'aérodrome britannique vient de nous aviser, par sans fil, de l'incident en nous priant de lui retourner sa ligne par le plus prochain avion.
C'était bien exact, en effet. Malgré ce fil à la patte à la béquille, plus exactement Corsin qui pilotait l'avion, atterrit dans de parfaites conditions, amenant avec lui sur l'aire de débarquement, quelques grosses touffes d'herbes que le câble avait arrachées en passant.
Les Ailes.
LE SCEAU DU ROI
Le British Museum de Londres possède une collection sans prix de sceaux et de cachets assyriens et babyloniens. Quelques-uns ont ceci de curieux qu'ils évoquent invinciblement le souvenir de certaines scènes bibliques. L'un des plus notoires est le sceau du roi Darius, dont ce monarque se servit peut-être, disent les autorités, pour sceller la fosse aux lions où l'on venait d'enfermer Daniel, selon le récit de l'Ancien Testament.
Sur un autre sceau, la scène est presque classique: un homme, une femme, un serpent et un arbre sacré, cet « arbre de vie », dont la silhouette, très stylisée, se retrouve dans de nombreuses frises et décorations assyriennes. Un cachet très connu est familièrement appelé «Noé», car on y voit, dans son arche flottante, le personnage désigné ici sous le nom plus compliqué de Tsit-Napishtim. On sait que les légendes chaldéennes offrent de grandes analogies avec les récits de la Genèse.
Daily News.
LA RESPONSABILITE DES CHAUFFEURS
Un arrêt récent de la Cour de cassation applique au chauffeur d'une automobile en marche la présomption de responsabilité de plein droit de l'article 1384 du Code civil, quant aux choses que l'on a sous sa garde, présomption dont on ne peut se dégager qu'en prouvant le cas de force majeure ou la faute de la victime. Nous l'avons indiqué déjà.
Mais des résistances se produisent et un certain nombre de cours d'appel et de tribunaux persistent à juger qu'un accident d'auto est un fait de l'homme et non de la chose et que, la faute ne se présumant pas, c'est à la victime à la prouver, selon l'article 1382.
On voit l'importance considérable de cette question au double point de vue théorique et pratique.
La Cour d'appel d'Agen vient de décider que l'article 1384 doit être appliqué au cas d'un accident causé par l'éclatement simultané de deux enveloppes, faits incontestables de la chose que le conducteur avait sous sa garde.
Dans ses motifs, la Cour d'appel d'Agen rejette les excuses tirées de la gratuité du transport, du mauvais état de la route et de la surcharge acceptée par la victime.
Il condamne le conducteur à payer à M ... de Fumel, en réparation de l'accident mortel survenu à son fils, instituteur adjoint à Sainte-Livrade: 2.000 fr. de frais médicaux, funéraires et divers, et, le préjudice moral causé par la perte d'un enfant étant irréparable en argent, il condamne C... à. payer à M... la somme de 10.000 francs.
Auto-Revue.
CARROSSERIE DE LIÈGE
C'est une nouveauté qui fera parler d'elle certainement. Il s'agit d'une carrosserie moulée. Le matériel employé est une sorte d'aggloméré de liège qu'on coule dans un véritable moule ayant la forme de la carrosserie désirée. Ses nervures, habilement placées, renforcent les panneaux et leur assurent la rigidité nécessaire.
Le liège est aggloméré avec un liant spécial. D'autre part, des fibres végétales noyées dans l'aggloméré permettent de raccorder et fixer entre eux les panneaux de la carrosserie.
La surface obtenue est telle qu'on peut l'utiliser sans revêtement ni garniture à l'intérieur. A l'extérieur, un enduit du genre de ceux à la cellulose ou les revêtements en cuir ou simili-cuir peuvent être utilisés indistinctement.
Moteurs et Cycles,
BISMARCK ET LE TRESOR DES GUELPHES
A une époque où les fortunes royales séquestrées en Allemagne attirent l'attention du grand public aussi bien que des partis politiques, les détails publiés par le baron von Eckarstein sur les coutumes de l'ancien régime ne sont pas sans intérêt.
Lorsque Bismarck mourut, on se demanda ce qu'étaient devenus les quarante-huit millions de marks-or pris par lui aux Guelphes de Hanovre. Von Eckarstein assure, non sans preuves à l'appui, que le chancelier employa cette somme colossale pour corrompre non la presse, mais des personnages privés. Maintes fois les dettes des ambassadeurs, celles des princes allemands, surtout les dettes d'honneur, furent payées sur ce trésor. De même les déjeuners politiques offerts par les membres du ministère des affaires étrangères furent généralement réglés sur les mêmes fonds, et le gérant du fameux restaurant où ces politiciens se réunissaient, envoyait une «addition» mensuelle au trésorier de la fortune des Guelphes. Ces factures imposantes étaient payées régulièrement par un chèque. Les noms du baron de Holstein, de Kiderlen-Wachter et de Herbert von Bismarck sont mentionnés parmi ceux des habitués. L'ex-kaiser; dont le tact n'était pas la qualité dominante, mit fin à ces déjeuners en remboursant les sommes dépensées au duc de Cumberland. Ces souvenirs ont ceci d'intéressant qu'ils jettent une lumière éclatante sur la mentalité d'une classe. qui ne voyait rien d'extraordinaire dans les prétentions extravagantes des anciennes familles régnantes.
Sunday-Times.
PURGARE, SAIGNARE...
Les ligues sont à la mode, comme, pour les femmes, la mode est de porter les cheveux courts.
En voici une nouvelle dont le but est de prolonger la vie humaine. Soyons-lui reconnaissants de s'en tenir à cette modeste prétention et de ne pas décréter dans ses statuts que l'homme sera désormais immortel. Le directeur médical de cette ligue, le docteur américain, Lyman Fisk, part de ce principe que sur 400.000 personnes, il n'y en a pas une qui soit réellement saine. D'où il conclut que, pour arriver à l'extension de la vie humaine, il faut que les mortels ou changent leur régime de vie, ou se mettent entre les mains de médecins.
Voilà une opinion bien osée et qui sans doute ferait bien rire Molière. Mais peut-être ce docteur américain pense-t-il qu'un homme bien portant n'est après tout, qu'un malade qui s'ignore.
Le Petit Bleu.
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