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Excelsior - 11 juillet 1926

 


Tour de France : Perpignan-Toulon 12ème étape

L'ÉTAPE DOUZIEME DU TOUR DE FRANCE PERPIGNAN-TOULON
A ÉTÉ GAGNÉE PAR LE COUREUR NICOLAS FRANTZ EN 17 H. 12'

L'irréflexion de L. Buysse

[DE NOTRE ENVOYE SPÉCIAL]

TOULON, 10 juillet. Lucien Buysse, premier du classement, général du Tour de France, a failli commettre cet après-midi la plus grosse erreur de sa carrière sportive. Après le contrôle de Salon, le Toulonnais Tesi, coureur isolé, mais bel athlète par ailleurs, démarra comme un fou dans la direction de sa ville natale.
Sans, réfléchir que 141 kilomètres restaient à courir avant le terme de l'étape et sans songer en outre, que Tesi n'était probablement pas homme. à soutenir sur un si long parcours une allure accélérée, Lucien prit la roue du fuyard. Tesi roulait à une belle vitesse et les deux coureurs eurent bientôt une minute 1/2 d'avance sur le deuxième peloton.
Celui-ci organisa une chasse d'autant plus résolue que le deuxième du classement général, Dejonghe, déjà victime d'une crevaison dans la Crau, venait de casser sa fourche. Lucien peinait manifestement à suivre le train endiablé de Tesi il suait, il haletait et tournait plus carré que rond; il menaçait de s'épuiser dans le dessein de ravir quelques nouvelles minutes à son adversaire comme si son avance de plus d'une heure ne lui suffisait pas,

La chute de Tesi

Tesi, par malheur, pour lui et par bonheur pour Lucien, aborda trop rapidement un virage dans la mauvaise descente symboliquement appelée «les guignes». De là un brusque coup de frein. Il dérapa, et tomba sur l'avant-bras qu'il s'ouvrit profondément, mais uniquement dans l'épaisseur du muscle. Lucien n'eut garde de manquer une si belle occasion de se laisser absorber par le peloton qui le poursuivait; loin de mettre les mains en haut du guidon, la petite troupe continua son effort. De chasseur, il devenait gibier, car il s'agissait maintenant de ne pas donner à Dejonghe le loisir de rejoindre.
Les trois premiers du classement, grâce à Bidot, qui mena presque continuellement, reprirent dix-neuf minutes à Dejonghe. Lucien Buysse creva à dix kilomètres de l'arrivée et dut se contenter de seize minutes d'avance sur son plus proche adversaire. Tout se termina bien pour Lucien, mais souhaitons que l'avertissement d'aujourd'hui lui serve de leçon, Il n'est pas nécessaire, sous prétexte que l'on est premier du classement général, de vouloir à tout prix être en tête à n'importe quel moment de l'étape et de se lancer aux trousses du premier coureur venu, groupé ou isolé, auquel il prend fantaisie de pousser à fond pendant cent kilomètres. 

(Suite page 3, colonne 7)

LA DOUZIÈME ÉTAPE DU TOUR DE FRANCE

(Suite de la page 1, colonne 7) 
Jusqu'à Salon, l'étape Perpignan-Toulon avait présenté le caractère d'une ballade, qu'un léger mistral agrémenta de sa fraîcheur. Malheureusement, sur la route d'Aix-en-Provence, Aubagne, La Ciotat et jusqu'à Toulon, le vent disparut. Dans la traversée des chaînons montagneux de la Sainte-Vaume, la chaleur tomba roide sur les coureurs, tandis que, des routes mal construites et mal entretenues, des nuages de poussière d'une densité phénoménale s'élevaient; coureurs et accompagnateurs officiels en étaient aveuglés, étourdis, exaspérés. Comment expliquer que, dans de telles conditions, se soient trouvés des suiveurs volontaires et acharnés à se faufiler parmi les suiveurs du Tour? C'est là, pour moi, un des mystères de la grande épreuve. Les suiveurs amateurs ne voient rien, ne savent rien, ne sont nullement armés contre la poussière, mais ils sont là. Ils se salissent et s'abîment les yeux. Ils risquent aussi l'accident. Aujourd'hui, dans la difficile descente en lacets de La Ciotat, tous les virages sont relevés à l'envers, le conducteur d'une camionnette contenant six personnes manqua un tournant, donna un coup de volant et de frein trop brusque, démolit le parapet et culbuta dans un ravin d'une douzaine de mètres de profondeur. Deux des occupants furent indemnes, mais je vous laisse à penser dans quel état on transporta les quatre autres à l'hôpital. Toulon attendait avec impatience les coureurs du Tour, mais voulait surtout voir Tesi. Quand celui-ci, après avoir abandonné, franchit la ligne d'arrivée en sanglotant et effondré au fond d'un taxi, toute la foule eut les larmes aux yeux. 

GABRIEL HANOT.

Le classement de l'étape 

1. Nicolas Frantz, sur bicyclette Alcyon; pneus Dunlop, couvrant les 427 kilo mètres en 17 h. 12' 32"; 2. Sellier, même temps; 3. Cuvelier, même temps: 4. Bidol, même temps; 5. Aymo, en 17 h. 12' 45"; 6. Lucien Buysse, même temps: 7. 0. Huysse, en 17 h. 15 8" : 8. Van Dam, en 17 h. 19' 40" 9. Tailleu, en 17 h. 21' 51"; 10. B. Faure, même temps.
11. Beeckman, en 17 h. 26' 47"; 12, Collé, même temps; 13. Bellenger, en 17 h. 30' 15" 14. Van Slembroeck 15. Mertens, même temps; 16. Dejonghe, en 17 h. 31' 20" 17. de Lannoy, en 17 h. 34' 9"; 18. Dhers, en 17 h. 34' 47".

Le classement général

1. Lucien Buysse, 173 h. 47 56" 2. Tailleu, 175 h. 10' 34" 3, Dejonghe, 175 h. 11' 12"; 4. Frantz, 175 h. 14 45" 5. Cuvelier, 175 h. 15' 23"; etc.

 


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