Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor

 


Le Matin - 11 juillet 1926

 


Refus de prolonger la journée de travail

Un singulier conflit social
Il vient d'éclater dans la Gironde
à propos de la loi de huit heures

Un patron et ses ouvriers se voient refuser la permission de prolonger la journée de travail pour contribuer au relèvement du franc
Les conflits sociaux varient à l'infini, mais celui qui vient d'éclater a Bordeaux est de l'espèce la plus rare. Pour notre part, nous le croyons s sans précédent. En tout cas, il dépasse singulièrement les cadres et les moules ordinaires. Le voici dans son éclairante simplicité.
Le 31 mai, les ouvriers d'un atelier de constructions mécaniques de la rue Pierre, à Bordeaux, adressaient à M. le préfet de la Gironde, rue Esprit-des- Lois, une lettre.
En termes fort courtois, ils demandaient à ce haut fonctionnaire de vouloir bien intervenir auprès de M. l’inspecteur du travail, pour que celui-ci leur permit de prolonger leur journée de travail d'une heure ou deux.
«Les temps sont durs. La vie est chère, disaient-ils en substance, le supplément de salaire ainsi obtenu sera le bienvenu en nos logis. »
Accentuant leur geste, ces mêmes ouvriers chargeaient le 7 juin dernier leur patron d'aviser le préfet que sr satisfaction leur était accordée, ils étaient tout prêts à verser chacun o fr. 25 par jour à titre de contribution volontaire pour le relèvement du franc et ceci pendant un an.
«Je verserai de mon côté 50 centimes par jour et par ouvrier», ajoutait le patron. 
Après une semaine de réflexion, M. le préfet lui répondit:
«J’ai honneur de vous faire connaître qu'il ne m'est pas possible de vous autoriser à occuper votre personnel plus de huit heures par jour.
» Le décret du 9 août 1920, auquel est soumis votre entreprise, a fixé en effet à 100 le nombre des heures supplémentaires qui peuvent être faites dans l'année. Or votre atelier travaillant 10 heures par jour depuis le 1er janvier dernier, compte actuellement plus de 200 heures de dérogation. Le service de l'inspection du travail, qui s'est borné à vous inviter à ramener à 8 heures la journée de travail se trouverait dans l'obligation de verbaliser si vous ne teniez pas compte de son observation.»
Tout bien considéré, M. le préfet de la Gironde, gardien de nos institutions, interprète scrupuleux de la loi, dura lex, sed lex, ne pouvait répondre autre chose.
Il n'est pas même très sûr que l'inspecteur du travail, qui a toléré 200 heures de travail supplémentaires, au lieu des 100 permises, n'ait été vertement réprimandé.
Les protestataires bordelais, qui ont de la suite dans les idées, ne se tinrent cependant pas pour battus..
Ils viennent de s'adresser au maréchal Joffre en sa qualité de président du comité national du relèvement du franc.

De leur lettre, nous détachons le passage suivant qui nous apparaît l'essentiel :
« Nous considérons que tout en laissant à chacun son entière liberté aux  ouvriers comme aux patrons des instructions pourraient être données à l'inspection du travail, afin qu'elle accorde de larges dérogations aux industriels et commerçants, qui, en accord avec leur personnel seraient désireux d'augmenter le nombre de leurs heures de travail, en acceptant le principe d'une contribution, tout au moins patronale, à la caisse d'amortissement.
»Ce serait, selon nous, un moyen facile d'alimenter très largement cette caisse, en même temps qu'on amènerait une recrudescence de l'activité nationale, d'où une amélioration certaine du crédit français à l'étranger. ne pouvant qu'entraîner la revalorisation du franc!»
Il est de toute évidence que la question ainsi posée par quelques salariés bordelais et leur employeur dépasse formidablement les bornes d'une préfecture et même la compétence d'un comité national. Mais elle conserve du moins le mérite d'être posée, et qui plus est, avec clarté.

 

 


  retour 11 juillet 1926