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Journal des débats - 11 juillet 1926

 


De Le Nain à nos jours

L'Exposition de peinture française d'Amsterdam
De Le Nain à nos jours

Nul n'a oublié l'incomparable Exposition d'art hollandais qui se tint, en 1921, au Jeu de Paume; les musées des Pays-Bas avaient envoyé à Paris quelques-uns de leurs plus beaux chefs-d'œuvre et les amateurs rivalisé de générosité; Rembrant voisinait ait avec. Vermeer Steen et Terborch... La France ne pouvait demeurer en reste et il convenait qu'à son tour elle montrât en Hollande nos vieux peintres. Grâce à l'Association française d'expansion et d'échanges artistiques qui, par son action sur les pouvoirs publics et par son aide matérielle et morale, rendit la manifestation possible, grâce à la Fédération des artistes qui s'employa ardemment à la réaliser, une Exposition «de Le Nain à nos jours» a pu être organisée à Amsterdam; patronnée par «Hollande-France», elle s'est ouverte ces jours-ci et on peut lui présager, semble-t-il, un très vif succès..
C'est au Rijksmuseum qu'elle a été installée, dans des salles excellentes, point trop grandes, claires et d'une agréable tonalité; le directeur, M. Schmidt-Degener, les mit aimablement à la disposition de M. Guiffrey, conservateur du Louvre, qui était en quelque façon le commissaire général, et leur collaboration a été particulièrement heureuse rarement peinture s'est vue mieux logée et les tableaux ont été disposés avec un goût parfait.
Et quels tableaux ? Le Louvre avait tenu à rendre leur politesse aux musées hollandais et il a envoyé un magnifique Claude Lorrain, le Jugement de Pâris de Watteau, le Vœu à l'Amour de Fragonard, des David et surtout, avec une extraordinaire série de Degas, trois Corot, la Dame en bleu, le Beffroi de Douai et l'Intérieur de la cathédrale de Sens, qui sont parmi ses chefs-d'œuvre. Mais les amateurs ne se sont pas davantage fait prier; on voit à Amsterdam la Bacchanale de Poussin, prêtée par M. Paul Jamot, les Watteau de Mine Heugel et du comte Cornudet, les Fragonard de Mme la comtesse de Béhague, du comte d'Harcourt, du comte de La Riboisière et du docteur Tuffier, les Chardin du baron Henri de Rothschild, les Hubert Robert provenant du château de Sceaux et ceux du comte A. de Laborde, et des David, des Prudhon, des Ingres et des Delacroix; c'est une joie pour les yeux. Et les modernes ne sont pas moins bien représentés, puisque M. Jacques Doucet a prêté son Amateur d'estampes de Daumier et ses Cézanne, M. le docteur Viau la Dame au Miroir de Degas et le Pouldu de Gauguin, Mme E. Rouart des Berthe Morizot et des Manet, M. R. Koechlin un Claude Monet et des Renoir, le baron Chassériau l'Esther de Chassériau. MM. Wildenstein, Sambon, Rosenberg et Charpentier se sont joints aux amateurs et de même plusieurs musées et collectionneurs hollandais, voire anglais, telle l'Université de Glasgow. Et nous n'avons rien dit des dessins dont le Louvre et surtout l'admirable musée Teyler de Haarlem ont fourni le principal apport. Une certaine solennité avait été donnée à l'inauguration, puisque M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, était venu de Paris, et qu'y assistaient M. de Marcilly, 'ministre de France à La Haye, et M. Lou- don, ministre des Pays-Bas à Paris, de hauts fonctionnaires hollandais, et les re- présentants des sociétés françaises qui avaient pris leur part de l'organisation. Mais la présence de ces hauts personnages n'excluait pas une aimable cordialité et les discours prononcés, au déjeuner du Vondelpark et à l'hôtel de ville, notam- ment, touchèrent par un accent d'amitié véritablement pénétrant; il faut noter sur- tout celui de M. le professeur Saaverda de Grave, président de l'Association Hollande-France, et chargé à ce titre de recevoir les hôtes français: dans une langue infiniment pure et que lui envieraient beaucoup de nos compatriotes, avec une émotion communicative, il a célébré l'art français et la France elle-même, qu'il aime et qu'il connaît bien. Dans les circonstances présentes, ses paroles allaient au cœur de ses auditeurs qui en garderont un long souvenir.
L'Exposition durera jusqu'à la fin de septembre; il faut espérer que beaucoup de monde la visitera, car elle donne une haute idée de notre pays, et ne peut que contribuer à sa bonne renommée.

R. K.

 


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