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Excelsior - 04 juillet 1926

 


La première école unique en France

ON INAUGURE AUJOURD'HUI A SAINT-AMAND-LES-EAUX 
LA PREMIÈRE " ÉCOLE UNIQUE

M. Couteaux, député-maire, nous dit son but. L'une des principales objections faites au principe intéressant de l'école unique est la difficulté pour l'Etat de faire bénéficier tous les enfants d'une instruction, même secondaire, sans recevoir d'eux un remboursement des frais d'enseignement.
La gratuité, sans laquelle l'école unique ne serait plus l'école unique, paraît en général inapplicable, au moins dans la situation actuelle de nos finances.
Or, ce que l'Etat ne croit pas pouvoir faire, une modeste municipalité du Nord vient de le réaliser.
Aujourd'hui, des personnalités officielles, parmi lesquelles figurera M. Vandervelde, représentant la Belgique, inaugureront la première école unique française créée à Saint-Amand-les-Eaux sur l'initiative du député-maire de cette localité, M. Ernest Couteaux.

(Suite page 3, colonne 1.)

LE PREMIER ESSAI D'ÉCOLE UNIQUE 

(Suite de la page 1, colonne 4) 

Nous avons pu, pour la première fois, en France, nous a dit M. Couteaux, sans disposer d'aucune ressource spéciale à cet effet, créer un établissement modèle où l'enseignement primaire, le primaire supérieur, le technique et le secondaire sont donnés gratuitement de la manière la plus large, dans des locaux aménagés suivant un confort que beaucoup qualifieront peut-être de luxueux.
» Nous avons estimé qu'il fallait prêcher d'exemple et réaliser l'école unique, quitte à mettre entièrement à la charge de la Ville le total dse rétributions scolaires dues par les élèves et cela sans examen préalable et sans aucune de ces formalités que les plus modestes jugent humiliantes parce qu'elles ne sont imposées qu'à eux.
» Dès octobre les maîtres de l'école primaire viendront donner à l'élite des écoles de garçons les leçons qui les préparent aux études primaires supérieures, techniques et secondaires.
» Et, pendant trois années, les élèves recevront un enseignement commun d'ordre général qui les mettra tous à même de cultiver les humanités classiques indispensables à la formation de l'esprit.
» Car nous estimons que ces humanités, avec ou sans latin, ne sont pas moins utiles aux jeunes gens qui se destinent aux carrières économiques, où il s'agit de manier les choses plus encore que les hommes. qu'à ceux qui se destinent aux professions libérales et aux fonctions publiques et qui se proposent, en un mot, le maniement des hommes.

» Par notre école unique, nous amènerons à fraterniser sur les mêmes bancs des jeunes gens jusqu'ici séparés. Et, grâce à la fréquentation obligatoire des ateliers, les enfants de la bourgeoisie arriveront à la dextérité et à l'adresse qui font souvent défaut aux candidats des carrières libérales.
» Les cours de perfectionnement de l'apprentissage rendus obligatoires pour les jeunes gens de quatorze à dix-huit ans, ils sont environ un millier, auront lieu dans les locaux de l'école unique. Ils utiliseront l'outillage de ses ateliers et bénéficieront de la science de ses maîtres.
» En plus de la gratuité des études, nous avons prévu cent bourses destinées à faciliter aux plus pauvres des élèves l'achat de leurs livres et de leurs fournitures classiques. Et ainsi seuls leur nourriture et leur entretien resteront à la charge de leurs familles.
» L'unité de recrutement étant ainsi réalisée, nous réalisons l'unité de l'enseignement en instituant à la base un groupe primaire complet à quatre ou cinq classes comportant pour les plus jeunes élèves l'adjonction de deux institutrices.
» La classe supérieure du groupe prépare au certificat d'études primaires et une section de cette classe, formée d'élèves choisis, constitue la classe de sixième des collèges et des lycées, à laquelle les leçons de latin et d'histoire ancienne sont données par des professeurs d'enseignement secondaire.
» Ensuite, les élèves entreront en 5 A ou B en première année primaire supérieur ou en première année technique.
» Les trois enseignements vont de pair pendant trois années. Les cours d'instruction générale français, mathématiques, histoire et géographie seront communs, les élèves étant réunis sous un même maître.» Les élèves auront la faculté de cesser leurs études à la fin du premier cycle avec des connaissances formant un tout complet. Ils pourront aussi continuer l'enseignement secondaire jusqu'au baccalauréat, ou se préparer par «le technique» aux concours d'entrée des Ecoles nationales d'arts et métiers, de l'Institut industriel du Nord et des institutions analogues. 

CHARLES D'AVRON.

 


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