| Excelsior - 04 juillet 1926 |
VAN DAM GAGNE A L'EMBALLAGE
LA HUITIÈME ÉTAPE
DU TOUR DE FRANCE
Sur les 285 kilomètres du parcours, Les Sables d'Olonne-Bordeaux, les coureurs se prélassèrent au soleil.
Cinquante routiers arrivèrent ensemble à Bordeaux et furent départagés au sprint.
(De notre envoyé spécial) —BORDEAUX, 3 juillet. Nous n'avons traversé aujourd'hui que deux départements: la Charente-Inférieure et une partie de la Gironde, ce qui indique que l'étape n'était pas longue. Les 285 kilomètres qui séparent les Sables-d'Olonne de Bordeaux font, en effet, figure de simple excursion si on les compare aux étapes Metz-Dunkerque, Cherbourg-Brest, Brest-Les Sables-d'Olonne ou Perpignan-Toulon qui, toutes, dépassent cent lieues. Mais il convient de rappeler que les routiers ont couru hier, qu'ils courront demain, qu'il fait chaud et que la grande offensive n'est pas déclanchée. Le leitmotiv du vingtième Tour de France, comme de beaucoup de ses prédécesseurs du reste, n'est-il pas attendons l'étape Bayonne-Luchon, c'est sur la route des cols d'Abisque, du Tourmalet, d'Aspin et de Peyresourde que s'engagera une bataille impitoyable. Nous y serons bientôt.
Il se peut que, mardi soir, à Luchon, le classement, jusqu'à présent mal défini, exprime un ordre très précis des hiérarchies.
Aujourd'hui nous avons assisté à une seule escarmouche qui s'est produite autour de 10 heures du matin entre Avrille et Serigny. Dejonghe, deuxième du classement général, qui a un peu plus d'une minute de retard derrière son coéquiper Van Slembroeck, ayant été victime d'une crevaison, Beckman démarre dans l'espoir d'emmener dans sa roue tous les adversaires de l'ancien vainqueur de Paris-Roubaix. Mertens répondit seul à cette invitation au voyage et les deux hommes acquirent jusqu'à trois minutes d'avance sur le gros des forces. Quand celui-ci vit que l'affaire prenait un tour sérieux, ses composants sautèrent à bas de leurs vélos, retournèrent leur roue pour mettre le grand braquet et s'élancèrent à la poursuite des fugitifs. Beckman et Mertens furent rapidement contraints de faire «kamarad»; ils réintégrèrent le peloton, tout comme Dejonghe, mais chacun par un bout. Tel fut l'unique incident de la journée.
Le retard sur l'horaire prévu atteignit à Saintes, à Pons et à Blaye environ deux heures. Cependant les Bordelais ne patientèrent qu'une heure trois quarts au delà de leur attente.
La course avait été menée à la faible vitesse horaire de 23 kilomtres, aussi n'est-il pas surprenant que cinquante hommes aient pris part dans une confusion que la poussée en avant des spectateurs trop avides de voir, transforme en pagaïe à l'enlevage final. Le rable Van Dam, dont les yeux bleu pâle paraissaient encore plus transparents sous le masque de poussière. enleva la première place devant Frantz, qui était tout disposé à renouveler son succès de la veille. Après quoi se désagrégea le long serpent multicolore qui, toute la journée, s'était prélassé au soleil des routes et dont les anneaux étaient paresseusement déroulés au milieu des cultures maraîchères, des vergers et des marais de la Charente-Inférieure, puis dans les vignobles opulents du Blayais.
Les coureurs ont raison de profiter de la vie tant qu'elle est belle, de se désaltérer aux seaux de lait des fermières et aux pots de fer blanc des laitiers, de s'arrêter devant les fontaines pour se laver. le visage, se verser de l'eau sur la tête, voire prendre des bains de pied ainsi que l'ont fait Van Slembroeck, hier, et Frantz aujourd'hui.
Encore une courte étape de 190 kilomètres, celle de demain, Bordeaux-Bayonne, et le tourment commencera.
GABRIEL HANOT.
Le classement de la huitième étape 1. Van Dam, en 12 h. 8" 2. Frantz : 3. Sellier; 4. Hardy; 5. Van de Casteel; 6. ex quo: Bottecchia, Lucien Buysse, Omer Huysse, Dossche, Joseph Pé, Collé, Parmentier, Dejonghe, Van Stembroeck, Bellenger, Tailleu, Deccrte, Aymo, Benoit, Englebert, Beeckmann, Standaert, Devos, Cuvellier, Detreille, Marlinetto. Benoit Faure, Gobillot, Saive, Vermeulen, Flahaut, Ferrara, Canova, Longoni, Arnoult, Vertemati, Larose, Rossignoli, Arioso Delannoy et Bidot. Ces 42 cou-eurs comptent 12 h. 8 secondes.
Le classement général 1 Van Slembroeck, 118 h, 50' 41" 2. Dejonghe, 118 h. 51' 50" 3. Jules Buysse, 118 h. 56' 58"; 4. Benoit, 119 h. 1' 26"; 5. Tailleu, 119 h. 1' 26" Cuvelier, 119 h. 2' 1"; 7. Van de Casteele, 119 h 3' 3"; 8. Lucien Buysse, 119 h. 13' 32" 9. Parmentier, 119 h. 19' 5"; 10. Martinetto, 119 h. 27' 53". 11. Bottecchia, 119 h. 36' 4"; 12. Beckmann, 119 h. 38' 47"; 13. Sellier, 119 h. 39' 21'; 14. Frantz, 119 h. 40' 24" 15. Bellenger, 119 h. 56' 24" 16. Joseph Pé, 119 h. 58' 51"; 17. Decorte, 120 h. 5' 16"; 18. Aymo, 120 h. 6' 8" Bidot, 120 h. 6' 22"; 20. Rossignoli (premier des touristes routiers), 120 h. 13'
25".
19.
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