| L'Humanité - 04 juillet 1926 |
LA BATAILLE MINIÈRE ANGLAISE
La lutte va entrer
dans une phase aiguë et décisive
Londres, 3 juillet. - (Humanité).
La crise minière en est à son 64 jour, et il est impossible d'entrevoir une issue à la lutte engagée. Qui, du gouvernement agissant comme conseil général du capitalisme ou des mineurs sortira victorieux de la lutte ? C'est la question que tout le monde se pose. A l'heure présente, qui marque le point de départ d'une nouvelle phase de la lutte plus aiguë et plus décisive le prolétariat international doit faire un examen de conscience et, s'il veut que la lutte engagée pour son compte par les mineurs anglais triomphe, prendre des résolutions énergiques et immédiates.
La guerre d'usure poursuivie par le gouvernement contre les mineurs n'a pas, jusqu'à présent, réussi. Il est probable que le gouvernement, armé de ses nouvelles lois va changer, de tactique et pousser très prochainement une attaque à fond
La situation actuelle
La situation actuelle, après déjà deux longs mois de résistance, est la suivante. D'un côté, le gouvernement et les propriétaires de mines, forts d'un premier triomphe dans la grève générale et décidés à se servir de la loi des 8 heures pour briser le front ouvrier, ils ont derrière eux, en dépit des pertes formidables subies par l'industrie et le commerce, tout le capitalisme anglais qui compte sur la défaite des mineurs pour soumettre ensuite les ouvriers des autres industries. C'est une opération de longue haleine, pour laquelle le capitalisme anglais fait les avances dans l'espoir que la victoire permettra de récupérer capital et intérêts. Cette opération n'est pas uniquement d'ordre financier, mais surtout d'ordre social et politique.
De l'autre côté, la Fédération des mineurs représentant bien, cette fois, les desiderata de la masse des mineurs, et ayant derrière elle les rank and file du mouvement trade-unioniste qui se rendent parfaitement compte qu'une défaite des mineurs sera une défaite de tous les travailleurs.
Les moyens de lutte
Quant aux moyens de lutte, ils sont loin d'être égaux.
Le capitalisme a à sa disposition des forces formidables; la loi, la justice, le parlement et tous le mécanisme de l'Etat, les banques et la solidarité capitaliste nationale et internationale.
Les mineurs, après la trahison des chefs du mouvement trade-unioniste, n'ont pour eux que leur volonté de lutte, et la solidarité internationale. Il faut le dire, après le lâchage de mai, la solidarité nationale ne joue pas, malgré les désirs exprimés ici et là par des sections. Ni les chefs des dockers, ni les chefs des cheminots et des ouvriers des transports n'ont répondu à l'appel lancé par la Fédération des mineurs. L'Internationale d'Amsterdam sabote la résistance des mineurs, lesquels n'ont trouvé d'aide que chez les ouvriers révolutionnaires et surtout chez les ouvriers russes.
L'indispensable solidarité internationale
Sans l'aide internationale, les mineurs anglais ne peuvent vaincre. Se rend-t-on bien compte de ce que cela signifie? Une défaite des mineurs anglais entraînera un recul considérable des conditions de travail et des salaires pour le reste du prolétariat mondial.
Il faut que celle pensée s'implante définitivement dans le cerveau de chaque ouvrier. L'aide, on l'a répété, est de deux sortes :
Une aide financière, immédiate et continue. Pour détourner les ouvriers continentaux, on leur dira sans doute qu'étant donné le taux du change, les francs qu'ils peuvent donner ne serviront pas à grand'chose. En ce moment, plus que jamais, chaque sou compte. N'oubliez pas que 2 francs suffisent à procurer un repas à un mineur, et qu'un repas, c'est une journée de lutte en plus.
L'autre aide que tous les ouvriers peuvent donner, c'est l'embargo sur le charbon à destination de l'Angleterre. Jusqu'à maintenant, malheureusement, du charbon étranger est arrivé.
Le front ouvrier se resserre. L'heure est propice pour les mineurs. Elle doit être saisie. Le vote de la loi des 8 heures a forcé la reconstitution d'une unité de front du mouvement ouvrier.
Le Conseil général des Trade-Unions, malgré sa répugnance à lutter, se voit dans l'obligation de relever le défi. Dans un appel à toutes les unions affiliées, il vient de proclamer la nécessité de serrer les rangs.
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