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L'Action Française -27 juin 1926

 


L'Action Française -27 juin 1926 Caillaux, salonnards et Rubicon

Caillaux, les salonnards et le Rubicon

Dans une heure où tout postule le bon sens et l'équilibre avec le sang-froid, Briand qui en portera la responsabilité appelé au commandement des Finances un de ces demi-mabouls que mon père appelait plaisamment «des jardins du directeur»; un de ces malades incomplets, auquel le directeur du sanatorium permet de venir lire et se promener dans son jardin. Sans leur remettre, pour cela, les clés de la cuisine [empoisonnements] ou du coffre- fort [dilapidation].
Le Quotidien annonçait fièrement ce matin la première mesure destinée à relever le franc : l'exécution de M. Robineau, coupable de n'avoir pas voulu livrer la réserve-or de la Banque de France aux fantaisies du traître et escroc Jean-Louis Malvy, dit «Béryl» dit «Pedrazza», lequel rentre, bien entendu à la commission des Finances. Plusieurs régents de la Banque de France démissionneraient à cette occasion.
Je puis ajouter à celle-ci une nouvelle de source sûre : Caillaux n'aurait accepté de venir sauver les Finances avec le browning de sa charmante femme, QU'APRÈS PROMESSE FORMELLE DE BRIAND DE DISSOUDRE LA CHAMBRE A BREF DÉLAI. Briand aurait la lettre de Caillaux à ce sujet dans sa poche. Ce serait le commencement du «Rubicon». Les salonnards auraient enfin un dictateur à leur taille, un pavois de l'assassinat et de la trahison, un gibier de Haute-Cour et de Saint-Lazare, auquel Marcel Hutin, dans l'Echo de Paris, commençait dès hier à tresser des couronnes.
Cette idée de la dissolution, Caillaux l'a trouvée dans l'A. F. La dissolution s'impose en effet. Il y a dix-huit mois qu'elle s'impose depuis les actes du cabinet Herriot qui devaient détacher de nous l'esprit et le cœur de l'Alsace-Lorraine, mais à condition qu'elle fût opérée, cette dissolution, sous l'égide du seul républicain qui puisse faire l'union nationale : j'ai nommé Georges Clemenceau. Dans quelques jours, ou quelques semaines, la situation financière, intérieure, extérieure, sera telle sous les impulsions désordonnées du «jardin du directeur» qu'il faudra bien dare-dare appeler Clemenceau. Mais que de ruines dans l'intervalle! Alors Caillaux retournera à la Santé sous les huées des mêmes salonnards et libéraux qui lèchent aujourd'hui ses pieds trépidants. Car il suffit de voir les journaux de grandissime information pour remarquer que Ton Jo redivivus est sur ses lauriers comme sur le gril. La grande pensée de ce sanglant niquedouille, à travers ses vississitudes, est demeurée le renversement des alliances. C'est ainsi et pas autrement que ce «Locarno», tant choyé par M. Chamberlain, -qu'avait empaumé Aristide- va former la pente savonneuse où dévalera avec la question d'Alsace-Lorraine, ce qu'il reste de l'amitié franco-anglaise. L'Allemagne s'apprête à jouer le double jeu classique d'accueillir avec empressement la diplomatie secrète de Caillaux -la même que celle des Documents verts- et d'avertir, en sous main, l'Angleterre des démarches et propositions de Caillaux-Pleins-Pouvoirs.
Voici déjà ce que l'on raconte, dans les milieux les mieux informés: M. von Ow Wakendorff qui fut avant la guerre, le bras droit du docteur Solff, quand celui- ci travaillait l'Afrique française, et qui est aujourd'hui conseiller à Bruxelles, serait allé passer une semaine en Alsace, fin mai 1926. Il y aurait vu MM. Zorn de Bulach et ceux-ci lui auraient fourni un rapport sur le mouvement autonomiste de la Zukunft, déclarant celui-ci «irré- pressible». A la suite de ce voyage, la Wilhelmstrasse se serait vue dans l'obligation de rappeler de Bruxelles M. von Ow. CELUI-CI AURAIT ÉTÉ ENVOYÉ A LONDRES. Car il n'y a pas que Caillaux. Il y a le caillautisme : c'est-à-dire conglomérat de financiers marrons, de policiers, de salonnards et autres qui travaillaient contre l'Entente cordiale, entre 1911 et 1914, qui avaient, en France et en Allemagne, leurs journaux leurs hommes de main et leurs diplomates. Appelons cette digue de son nom symbolique et réel: le Bonnet rouge. La réascension politique de ce demi-maboul de Caillaux sur les épaules dossues de Briand, c'est le retour offensif de cette tourbe dorée, c'est le plus grand péril, et pour la question d'Alsace-Lorraine et pour la paix.
Nos compatriotes sont prévenus. L'avertissement que nous leur donnons aujourd'hui est équivalent à celui que nous leur donnions au début de mars 1913, en publiant l'Avant-Guerre. Mais ils n'attendront pas seize mois pour connaître les conséquences terribles de l'acte scélérat de Briand appelant aux affaires Joseph Caillaux. Aut Gallia, aut Respublica !

Léon DAUDET.

 


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