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La Dépêche -27 juin 1926

 


CYCLISME

Le Tour de France

Au Havre, Sellier enlève la quatrième

étape devant un devant un peloton compact

De notre envoyé spécial 
Le Havre, 26 juin. Le Tour de France présente cette année cette particularité que l'intérêt des étapes est alternatif. En effet, à une étape mouvementée succède une étape monotone: La première vit l'échappée de Jules Buysse et la chasse consécutive; la deuxième se traîna presque durant tout le parcours et se termina par un sprint d'un peloton imposant où Dossche prit l'avantage; la troisième, au contraire, présenta un attrait passionnant, au moins dans son dernier tiers et l'échappée de l'équipe J.-B. Louvet sema la débandade dans le peloton et causa le bouleversement du classement général des deux premiers à Dunkerque, Van Slembrockx et Dejonghe s'assurant également les deux premires places.
Cette quatrième étape fut terne presque de bout en bout, les routiers ménageant leurs efforts après ceux de l'avant-veille. Aussi bien, les tentatives de lâchages semblaient vouées à l'insuccès sur ce parcours dont la difficulté résidait seulement dans sa longueur.
Pourtant, ue occasion providentielle qui allait interrompre la torpeur des routiers se présenta juste au contrôle du Tréport.
Van Slembroeck s'apercut, au moment de repartir, qu'un pneu avait crevé, mais il n'avait pas dû être seul à s'apercevoir de cela, car le peloton bondit en avant, comme déclenché par un signal. Tout aussitôt, Dejonghe dut stopper lui aussi, car un de ses pneus avait rendu l'âme par une coincidence curieuse et fâcheuse pour les deux leaders.
En tête, on accéléra encore, plus ravis de cette aubaine; mais, avec un esprit d'équipe dont tous les jours apportent la démonstration, les cinq perroquets indemnes stoppèrent pour repartir avec leurs deux camarades particulièrement visés et la chasse s'organisa, passionnante. Les louveteaux, il faut le dire, regagnaient sur le peloton qui fuyait. Mais Bottecchia, une vingtaine de kilomètres plus loin, dut à son tour procéder à un changement de boyau et, naturellement les victimes mirent moins de zèle à mener la danse. D'autre part, Benoît donnait des signes évidents de défaillance et non molns naturellement les oiseaux de mer agitèrent moins furieusement leurs ailes azurées. Il n'en fallait pas plus pour hâter le retour des cinq chasseurs sur les fuyards ralentis et la bataille cessa après une quarantaine de kilomètres.
Dès lors, le train touriste repris et c'en fut fait de l'intérêt de la course. Même des crevaisons purent survenir à des Benoit, Pellier, Bellenger et autres; Frantz put donner à son tour des signes de fatigue, rien ne vint réveiller l'ardeur vraiment éteinte, peut-être au paradoxe, par les rayons brûlants du soleil et ce n'est que par la force des choses que le peloton de 80 concurrents se désagrégea peu à peu au fil des kilomètres pour se réduire à une trentaine pour l'enlevage final, nombre asssez imposant encore, sur l'admirable ligne droite où était établie l'arrivée au Havre.

Sellier, bien placé, s'assura le meilleur, aussi nettement que Van Castelle qui s'octroyait la deuxième place à une nette demi-longueur de Frantz que le juge à l'arrivée, sans doute subjugué par le maillot tricolore du Luxembourgeois, VIL probablement deuxième, puisqu'il le classa ainsi. Quant aux autres, pour ne contrarier personne, il les classa dead heat.
Maintenant, espérons que la règle établie ne subira pas de modification pour la 5e étape et que Le Havre-Cherbourg nous réservera de belle émotions.

DE DUNKERQUE AU HAVRE Dieppe, 26 juin. L'étape d'aujourd'hui samedi, dont la longueur est relativement réduite - 361 kilomètres et le profil peu tourmenté, ne nous promet point de grandes émotions. Sauf les routes du début avec leurs pavés, le parcours ne parait point devoir faciliter les surprises et ce ne sera probablement pas encore que le classement général se verra profondément modifié.
93 concurrents ont pris le départ ce matin, à deux heures, à Dunkerque, par une nuit un peu fraîche, mais par un beau clair de lune.
Un départ rapide
Le train est accéléré dès les premiers kilomètres contrairement à l'habitude et l'on dirait que les deux équipes les plus nombreuses se sont liguées pour reprendre à celle qui obtint un beau succès dans l'étape précédente au moins une partie de son avance. Les Italiens surtout paraissent décidés à en mettre un coup et Aymo et Bottecchia se dépensent pour maintenir l'allure, qui atteint parfois une moyenne horaire de 35 kilomètres.

Dans les voitures des suiveurs des paris s'engagent, Car deux de nos confrères sportifs ont publié des horaires probables qui se trouvent en désaccord d'une heure. Lequel aura raison ? L'optimiste qui est rose comme il se doit, ou le pessimiste qui, non moins naturellement, est jaune ? Malgré tout, il semble bien que c'est à ce dernier que restera le dernier mot, puisque à Calais, où nous passons à 4 h. 6, le peloton est en retard de six minutes, sur les prévisions les plus pessimistes, malgré l'excellente allure, soutenue le plus souvent.

De nombreuses crevaisons
Il convient de dire que les crevaisons ont été assez nombreuses dans cette première partie du parcours. Lucien Buysse, Sellier, Piccin en ont été les plus notabies victimes et ils ont eu parfois quelque mal à reprendre contact. Pourtant le peloton comprend encore 90 coureurs au passage à Calais.
Bottecchia tente de s'échapper Mais bientôt après Calais, vers Escalles, Bottecchia, profitant d'une somnolence générale, démarre et prend une vingtaine de mètres. Serait-ce que l'ancien gagnant du Tour a la nostalgie du maillot jaune et qu'il va produire déjà son effort pour s'en emparer? Il ne réussit, du reste, pas à lâcher tout le monde Cuvelier et Debusschère sont tout de suite sur sa roue, le relaient, et les trois hommes parviennent assez vite à s'assurer environ 500 mètres d'avance. Derrière eux la chasse s'organise : Van Slembroeck et Van de Casteele, non plus que Dejonghe, n'ont l'air d'avoir envie de laisser faire les fugitifs ils s'élancent à leur poursuite et les frères Buysse, Dossche et Omer Huysse les aident de manière efficace. Si bien que le jour ne s'agrandit point entre les deux groupes.

Le peloton se reforme La poursuite dure une vingtaine de kilomètres et Bottecchia en sera pour ses frais. au moins pour cette fois. Il est d'ailleurs à remarquer qu'il y a eu en définitive bien peu de victimes de cette chasse. D'autant plus que le train se ralentit dès que les échappés sont rejoints et que la plupart de ceux qui avaient été laissés en route ont toute facilité pour reprendre contact aisément, A Boulogne, où nous arrivons à 6 h. moins 10, 85 coureurs sont en groupe. Tous les concurrents de marque en font partie.

 

La promenade continue Le Havre, 26 juin, - Nous quittons Abbeville et nous rejoignons le peloton une trentaine de kilomètres plus loin. Les coureurs se suivent tranquillement, partagent leurs victuailles et aucun ne fait mine de vouloir reproduire la  crise de Bottecchia au début de la journée. A Eu, une cinquantaine de coureurs sont toujours ensemble; mais, comme la fin approche, tout le monde se tient sur ses gardes. 
Une bagarre au Tréport —L'alerte que nous attendons depuis un moment se produit à la sortie du Tréport que nous avons atteint 11 h. 15. Il y a là une côte assez dure. Quelques coureurs en profitent pour essayer de décramponner leurs concurrents. Il se produit un moment de désarroi; certains, voyant démarrer leurs camarades d'écurie, «mettent les freins» pour leur laisser le champ libre et empêcher ceux des équipes rivales de les rejoindre. Mais la manœuvre est sans grand effet, car la route est bonne et large. Pourtant, Jules Buysse, Huot, Piccin sont 1âchés, de même que presque tous les touristes routiers, et une vingtaine de coureurs réussissent à se détacher assez nettement. Mertens arrive même à prendre le commandement de manière assez franche, puisqu'il passera à Dieppe avec 2 ou 300 mètres d'avance sur Lucien Buysse, Bottecchia et Van Slembroeck, qui sont, eux-mêmes, séparés du reste du peloton par à peu près la même distance.

C'était une fausse alerte Les fuyards sont rejoints peu après dans la descente de Pourville et le peloton se reconstitue petit à petit à Veu-les-les-Roses; à une centaine de kilomètres de l'arrivée, une cinquantaine de coureurs sont ensemble, mais le train s'est sensiblement accéléré, de sorte qu'il se produit tout de même des déchets à mesure que se déroule le parcours. A Fécamp, à 50 kilomètres de l'arrivée, ils ne sont plus que quanrante ensemble; mais il est probable que tout se passera de la manière la plus calme, bien que la fin du trajet compte quelques montagnes russes. En effet, quelques-uns perdent contact, ce n'en est pas moins un groupe compact de 29 coureurs qui se présente à l'entrée du boulevard François-Ier, au Havre, où se trouve la banderolle de l'arrivée. 

René BORDEAUX

L'arrivée au Havre

Le Havre, 26 juin. L'arrivée au Havre s'est effectuée dans l'ordre suivant 1. Sellier, sur Alcyon, en 14 h. 51' 12": 2. Frantz, sur Alcyon; 3. Van de Casteel; 4. Van Dam; 5. Piccin, tous dans le même temps que le premier. Le classement

1. Félix Sellier (Belge), couvrant les 361 kilomètres en 14 h. 56 m. 1 s., moyenne horaire 24 kil. 174; 2. Frantz, 3 Van de Casteele, 4. Van Dam, 5. Piccin, même temps; 6. ex æquo : Bot- tecchia, Lucien Buysse, Jules Buysse, 0. Buysse, Pé, Colle, Dejonghe, Van Slembrouck, Bellenger, Tailleu, Aymo, Benoit, Englebert, Beeckmann, Devos, Cuvelier, Detreille, Faure, Martinetto, Gobillot, Vermeulen, Dejeagher, Fla- haut, Rossignoli (ler des isolés) même temps; 30. Bidot, 14 h. 58 m. 23; 31. Michelena (2e des isolés), même temps; 33. Long'oni, 15 h. 35 s.; 34. Parmentier, 15 h. 2 22; 35. Bariffii, mê- me temps; 36. Hardy, 15 h. 2 45; 37. Standaert, 15 h. 4 38; 38. Decorte; 39. Dhers. 40. Mourguiat; 41. Touzard; 42. Ca- nova; 43. Delannoy, même temps ; 44. Francini, 15 h. 7' 7"; 45. Deloffre, même temps: 46. Huot, 15 h. 10' 52" 47. Arioso, même temps; 48. Saive, 13 h. 11' 46"; 49. Alan- court, 15 h. 12' 2"; 50. Ferrara ; 51. Duboc, même temps; 52. Dossche, 15 h. 18' 6"; 53. Arnoult, même temps: 54. Teissère, 15 h. 19' 45" 55. Martinet, 15 h. 20' 50"; 56. Gil- lard, 15 h. 24' 4"; 57. Barselotti, 15 h. 28' 7" 58. Vertemati, 15 h. 28' 29" : 59. Coppens, même temps; 60. Tesi, 15 h. 37' 38"; 61. Cecilli, même temps; 62. Debusschère, 15 h. 38' 30": 63. Emmanuel, 15 h. 39' 45"; 64. Parel, même temps: 65. Moulet, 15 h. 40' 43"; 66. Pétré, 15 h. 43' 3"; 67. Le Boubennec, 15 h. 45' 40" 68. Cacacier, 15 h. 45' 51"; 69. Betta, 15 h. 49' 51': 70. Richard. 15 h. 50' 26'; 71, Drougard, 15 h. 54' 22"; 72. Gelot, 15 h. 56' 19"; 73. Drobeca, 16 h. 2' 25" 74. Millo, 16 h. 3' 5"; 75. Toussaint, même temps: 76. Pfister. 16 h. 6' 27": 77. Gaida, même temps; 78. Vayssière, 16 h. 11' 15"; 79. Alpini, 16 h. 17' 36" 80. Besnier, 16 h. 18' 40"; 81. Rangis, 16 h. 24' 43": 82. Bontoux, même temps: 83. Chevalier, 16 h. 42' 2"; 84. Mousset, 16 h. 44' 57" 85. Larose, même 86. Peton, 17 h. 6' 12" ; 87. Brumana, 17 h. 29' 3"; 88. Beau- lieu. 17 h. 51' 33"; 89. Louchet, 17 h. 57' 28".

 


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