| Comœdia - 20 juin 1926 |
Un vœu
Va-t-on s'occuper
des trésors du mont Athos
En rapportant ici la décision du général Pangalos, qui vient, comme on le sait, de prononcer la dissolution des confréries religieuses du mont Athos, nous émettions avant-hier le vœu que le gouvernement français prit l'initiative de nommer une commission de savants afin d'inventorier les trésors conservés depuis des siècles dans les vingt couvents de la montagne sainte, et de les protéger contre une dispersion éventuelle.
On ne peut en effet rester indifférent au sort de tant d'objets d'art et de manuscrits précieux, dont le public connaît vaguement l'existence, mais sur le nombre et la valeur desquels les érudits sont renseignés avec assez de précision pour redouter leur dispersion comme une perte considérable. Une personnalité érudite des plus qualifiées nous a dit :
«Sans vouloir parler des fresques et des mosaïques byzantines qui, vraisemblablement, seront conservées sur place, que deviendra le mobilier religieux de toutes les églises désaffectées, les lustres de cuivre ciselé, les pupitres et les tables liturgiques ornés d'incrustations de nacre, d'écaille, marquetés de bois précieux ?
«Que deviendront les pièces d'orfèvrerie dont s'enorgueillissaient les «trésors» des couvents du mont Athos: les reliquaires, présents des empereurs de Byzance ou des grands de la Serbie et de la Valachie, le fameux triptyque de l'empereur Phocas, aux volets incrustés d'émaux et de pierreries, les évangéliaires couverts en vermeil ciselé, les nimbes et les revêtements d'argent et d'or des icones, et la pièce la plus précieuse du couvent de Vatopédé: la coupe de jaspe de Manuel Paléologue ?
«Que fera-t-on des manuscrits - Schmidtker prétend en avoir inventorié dix mille précieux à la fois par leur valeur documentaire et par leur valeur artistique, si l'on songe que les codices des bibliothèques du mont Athos, psautiers, évangéliaires, épistolaires, etc., sont pour la plupart ornés de miniatures, dont quelques-unes datent du onzième siècle?»
Comme nous le disions ici, il est nécessaire que les savants de France, de Grèce et d'Italie veillent sur ces trésors: leur disparition creuserait une lacune impossible à combler dans l'histoire de l'art byzantin.
R.
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