| La Lanterne - 20 juin 1926 |
Propos et controverses
Le dernier mot
Monsieur de la Malice a perdu certainement son sac à malices. Avant-hier, il s'était montré un tout petit peu spirituel et instruit... oh ! pas beaucoup. Aujourd'hui, il se montre polémiste ignorant et sans esprit.
Aussi, dois-je lui retirer, à mon grand regret, l'épithète superbe de «très érudit confrère» que je lui réservais. Et désormais, pour moi —comme pour bien d'autres— il sera mon «très ignorant confrère».
Mon très ignorant confrère donc, de l'avis de Philippe Soupault lui-même (avec lequel je viens d'avoir à ce sujet un petit entretien). ne connaît absolument rien à la question surréaliste.
Il est toujours comique de voir un confrère qui pose en maître passer au rang des jeunes écoliers: je monte donc en chaire et je vais apprendre à Monsieur de la Malice qu'il est très imprudent de parler sans rien connaître :
Mon petit la Malice, j'avais écrit ceci :
«Soupault est resté surréaliste, non seulement «politiquement», mais aussi «littérairement».
«Et vous me demandez bien imprudemment: «Oui ou non, les romans de Soupault cités ici-même (les Frères Durandeau, A la Dérive, En joue), sont-ils conçus selon l'éthique, l'esthétique et la politique surréalistes ? « Oui ou non ?».
Mon très ignorant élève, j'ai le regret de vous répondre : oui !
Et voici pourquoi j'affirme que tous les romans de Soupault sont parfaitement surréalistes, à tous points de vue.....
D'importants fragments de ces romans ont paru dans les cahiers de Littérature (puisque, mon très ignorant petit élève, vous les avez dans votre bibliothèque, contrôlez...) et dans la revue La Révolution surréaliste.
André Breton, dans son manifeste du surréalisme, a également cité en exemple de nombreux passages des romans de Soupault que j'ai cités.
André Billy qui a une certaine habitude des mouvements littéraires modernes (il était l'ami intime de Guillaume Appolinaire) ne s'est pas trompé en jugeant «roman surréaliste» le dernier livre de Soupault : En joue, dont, je crois, vous avez eu l'imprudence de me parler, petit ignorant.
Mon très ignorant élève me défie «d'établir un pont, voire un lien, entre ces ouvrages (signés Aragon, Breton, Desnos, Peret) et les œuvres citées plus haut de Pierre Quint et Philippe Soupault.»
Pour Léon-Pierre Quint, d'accord. Je n'ai d'ailleurs jamais dit que Pierre Quint était un surréaliste. Mais pour Soupault, si vous vous obstinez à croire (après ce que je yous ai dit, ô petit ignorant) qu'il n'y a aucun lien entre Soupault et les autres surréalistes, il me faudra vous donner votre leçon à copier dix fois
«Philippe Soupault est le promoteur du surréalisme.»
Le surréalisme est parti d'un livre écrit par Soupault, en collaboration avec André Breton. Ce livre a pour titre : Champs magnétiques. Il fut publié en 1920 au «Sans pareil» (vous l'avez peut-être dans votre bibliothèque et, en ce cas, il faudrait le lire). En 1926, Soupault est toujours aussi surréaliste.
Voilà pour la leçon.
Monsieur de la Malice, le très ignorant, termine ainsi ses propos :
«Je n'ai pas la cruauté de demander combien de manifestes surréalistes portent ou ne portent pas les signatures de Pierre Quint et Philippe Soupault.»
Soyez cruel, petit bonhomme ! Ne vous gênez pas ! Il est vrai que peut-être vous n'avez pas osé formuler cette question ouvertement, car —pour ceci comme pour le reste— vous n'en savez sans doute rien. Il me faut donc vous asseoir de nouveau au banc des écoliers.
Philippe Soupault, mon tout ignorant petit élève, a signé tous les manifestes surréalistes. Le dernier manifeste seul, distribué au Ballet russe, n'a été signé que de Breton et d'Aragon. Mais Soupault était absent de Paris et m'a déclaqu'il l'aurait signé s'il avait été présent.
Vous voilà donc avec deux grandes leçons. à apprendre.
J'espère que vous vous en souviendrez.
Maurice ROYA.
| retour 20 juin 1926 |







































































