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Le Petit Journal illustré - 20 juin 1926

 


Le Petit Journal illustré - 20 juin 1926 Les employés des postes avaient bien raison de protester

ENTRE NOUS

Les employés des postes avaient bien raison de protester quand on les accusait de négligence pour des lettres mises à la boîte et jamais remises à leur destinataire : un communiqué de l'administration ne nous fait-il pas savoir qu'au cours de l'année 1925, 2 millions 800.000 lettres ou cartes postales n'ont pu être distribuées par la faute des expéditeurs qui n'avaient écrit que des adresses insuffisantes? Et, sur ce nombre colossal, 1 million et demi de ces correspondances n'ont pu être retournées à l'envoyeur, qui avait omis d'inscrire sa propre adresse.
Donc, gardons nos reproches pour nous-mêmes! Admirons plutôt l'ingéniosité et la patience des agents qui, parmi tant d'enveloppes mal libellées, parviennent à découvrir souvent le nom du destinataire mystérieux. Maints exemples de cette virtuosité sont célèbres. Je n'en rappellerai qu'un en 1907, quelqu'un écrivit à l'explorateur Charcot, dont notre collaborateur Pierre Mariel nous parlait dernièrement, et mit simplement comme adresse : «A bord du Français, dans les glaces (Antarctique)».
Or, les postiers se gardèrent bien de mettre ce pli au rebut. Ils l'expédièrent dans l'Amérique du Sud et, de là, à bord d'une goélette chilienne qui chassait le phoque dans l'extrême-Sud; il erra de banquise en banquise, jusqu'à ce qu'il eut atteint son destinataire. Le commandant Charcot fut bien étonné, je gage, de recevoir cette lettre inattendue.
Bien avant nous, Mme de Sévigné, a dit justement: «La poste aux lettres est une chose incomparable pour son exactitude et sa rapidité. On ne saurait rien imaginer d'aussi commode, d'aussi prompt, d'aussi discret, d'aussi sûr, d'aussi obligeant.»

A L'ÉTRANGER, on a souvent, bien à tort, accusé la France de militarisme./ On y a déjà répondu en montrant combien le budget de la Guerre, compte tenu de la dévalorisation du franc, est inférieur aujourd'hui à ce qu'il était avant 1914 et en établissant que le nombre total des Français sous les armes est moindre actuellement qu'autrefois.
Mais voici qu'une nouvelle preuve vient de nous être fournie, moins austère celle-là et beaucoup plus malicieuse. Il s'agit du prix annuel que coûte chaque soldat pour son entretien, dans les principales armées du monde. Ce prix, on l'a obtenu en divisant le chiffre du budget global de la Guerre, évalué en francs- or, par celui de l'effectif total entretenu.
Or, quand on fait ce petit calcul, que découvre-t-on ? D'abord que le soldat américain est le plus coûteux de tous, puisque chacun d'eux exige tous les ans, pour son entretien, 10.038 francs-or. Après lui, c'est le soldat anglais qui nécessite le plus de dépense, soit 7.862 francs-or. Vient ensuite le soldat allemand... (Peut-être n'y en a-t-il pas beaucoup, mais il y en a encore.) Le soldat allemand revient à 6.030 francs. Après lui, le soldat italien ne demande qu'une somme raisonnable : 1.964 francs, et c'est le soldat français, enfin, qui est, si j'ose dire, le meilleur marché de tous, puisque 1.226 francs suffisent à couvrir tous les frais nécessités par son entretien.
Osera-t-on prétendre maintenant qu'un pays dépensant 1.226 francs par homme est le plus militariste du monde ? Je ne le crois pas. Et c'est la preuve, une fois de plus, que la statistique parfois a du bon.
Par ailleurs, cela peut consoler les amateurs du panache, qui trouvent nos poilus en bleu horizon moins élégants que les tommies d'Angleterre ou les khakis d'Amérique. Moins élégants, certes, ils le sont. Mais quand il s'agit de se battre, nos soldats «bon marché» font de l'aussi bon travail, je crois, que les autres.

L'INDISCRET.

 

 


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