Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor

 


Comœdia - 20 juin 1926

 


Comoedia 1926 06 20 le Goût du mystérieux

Le goût du mystérieux

Les temps sont plus que sombres, les nuages qui s'obstinent au ciel apparaissent symboliques, le franc cascade, la politique divague et la belle union sacrée d'antan a fait place à une sacrée désunion qui ne nous dit rien qui vaille.
C'est pourquoi des personnes de bonne volonté tentèrent d'apporter dans notre vallon de larmes —sans parler de celles du ciel— quelques éléments de distraction.
Lûtes-vous les récits du récent Congrès spirite qui eut lieu ces jours-ci à Paris ?
Au moins ne saurait-on reprocher à ces braves gens de manquer d'esprit. Ils en ont même plusieurs à notre disposition, qu'ils invoquent et évoquent avec le zèle le plus sublime.

Ce Congrès ou, plus exactement, le Concile psychiste s'est tenu en dernier lieu parmi les rochers de Fontainebleau. Là, les sourciers, sorciers et... sorcières s'en donnèrent à cœur joie de... n'être point d'accord. Il y eut, nous dit-on, quelques scènes réjouissantes.

Le riant, l'aimable tableau
Qu'il eut de douceur et de charme !
Il dut arracher bien des larmes
Aux rochers de Fontainebleau…
Ainsi qu'en eût écrit notre grand Courteline.

Jamais, comme en ces temps d'incroyance officielle, le mysticisme et le culte de l'occulte ne furent si honorés, ne comptèrent autant de servants. C'est même sans doute parce que ce culte-là, qui a Satan à sa base, est sévèrement condamné par l'Eglise que, pour embêter celle-ci, ceux qui font profession d'athéisme encouragent les manifestations, conférences, conciles, congrès, etc., etc., des spirites, magnétiseurs, théosophes de tous ordres, rebouteux, sorciers thérapeutes, neurologues, astrologues, que sais-je ?.... Jamais les tables n'ont tourné si nombreuses. Jamais les têtes n'ont, à ce point, imité leur exemple.
Devant même que d'être trépassé, on se réfugie en foule dans l'au-delà. Parodiant aussi Baudelaire, nous pourrions dire:
L'au-delà, qui console hélas ! et qui fait vivre…
Il fait vivre surtout ceux qui savent habilement l'exploiter.
Nul ne songe à poursuivre ces charlatans ou ces déséquilibrés non plus que leurs écrits, aussi dangereux dans leur genre que les publications et gravelures licencieuses que l'on poursuit comme attentatoires aux bonnes mœurs.

L'autre jour, près de Nancy, un jeune ayant perdu la raison et sa mère en étant devenue folle, le père, un honorable cultivateur, se laissa persuader par un sorcier qu'un voisin avait jeté un sort sur sa famille; il s'en fut la nuit jeter de l'eau bénite chez ce voisin et chanter des cantiques destinés à éloigner l'esprit de Satan.

Et nous sommes en 1926 !
Nous volons dans les airs plus rapides que les plus rapides oiseaux; nous entendons d'un bout du monde la parole prononcée à l'autre. Bientôt nous verrons en méme temps celui qui parle; nous photographierons à distance, dirigerons les avions et les navires par courants émis de la terre... Il parait que ce ne sont point là des miracles suffisants. L'homme veut du secret, n'a goût que pour le mystère.

O puissance ancestrale de la crédulité ! Et qu'elle apparaît prophétique cette phrase de Brunetière: « La science a fait banqueroute »!

Armory.

 

 


  retour 20 juin 1926