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Excelsior - 20 juin 1926

 


Excelsior 1926 06 20 La tenue vestimentaire des hommes politiques

Dans les photographies publiées par les journaux représentant les diverses phases de la crise ministérielle, vous avez peut-être remarqué que presque toutes les personnalités entrant ou sortant de l'Elysée sont en veston; seuls, MM. Raymond Poincaré, Miliès-Lacroix, Chéron et Blum étaient en jaquette. Il n'en fut pas toujours ainsi, et, avant la guerre, un homme politique appelé par le chef de l'Etat pour être consulté sur la formation du futur ministère ne se présentait jamais qu'en redingote. C'était une sorte d'usage protocolaire. Aussi, quand, dans ces interrègnes ministériels, on voyait les députés influents arriver à la Chambre avec la solennelle redingote, on se disait : «Ah! ah! Voilà le grand Chose qui va aller rendre visite au président!» Il arrivait parfois que le personnage s'était mis en frais de toilette pour rien et qu'on ne l'appelait nullement.
Il y avait même les importants qui n'avaient aucune chance d'être invités à passer à l'Elysée, mais qui voulaient se donner l'illusion et revêtaient le costume traditionnel. Cela les posait aux yeux des non informés. Aujourd'hui, le démocratique veston est d'usage courant. Le président de la République donne d'ailleurs l'exemple, et c'est en veston que M. Gaston Doumergue reçoit ses visiteurs des crises ministérielles. Autrefois, il n'y a pas bien longtemps, on aurait été scandalisé.
Sans parler des grands jours de la royauté, où un futur ministre venant faire sa visite de présentation arrivait en costume de cour, avec le grand ruban bleu de l'ordre, quand il l'avait, souvenez-vous du scandale que provoqua le bon Rolland quand, en 1792, il se rendit à l'appel de Louis XVI en costume de drap avec des souliers sans boucles, noués avec des cordons. On faillit ne pas le laisser entrer.
Sous la Restauration et sous Louis-Philippe, dans ces cas-là, les prétendants aux portefeuilles revêtaient l'habit noir. Il en était de même sous Napoléon III, sauf lorsque le souverain ne voulait pas qu'on sût ses pourparlers. En 1869, il reçut Emile Ollivier, à Compiègne, la nuit, la tête enveloppée d'un cache-nez. Deux ans auparavant, l'empereur avait déjà le désir d'inaugurer l'Empire libéral, et il recevait aux Tuileries Emile Ollivier en cachette. Nous en avons la preuve dans une lettre adressée à M. Walewski le 8 janvier, et que l'expert Charavay vendit, il y a quelques années, 100 francs. Napoléon III donnait rendez-vous au membre de l'opposition, mais, prévoyant qu'il pourrait lui être désagréable qu'on le sût dans le public, il priait le comte Walewski de dire à Emile Ollivier «d'arriver aux Tuileries par la petite porte du côté de la rivière et de dire à l'huissier Félix qu'il venait de la part du comte Walewski. Il n'aura pas besoin de donner son nom.»

JEAN-BERNARD.

 


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