| Le Petit Journal illustré - 20 juin 1926 |
Hôpitaux d'aujourd'hui,
Leurs services sont de plus en plus appréciés.
Mais on se doit de les soutenir.
Un conseiller municipal de Paris, M. de Fontenay, en étudiant le fonctionnement
de l'Assistance publique, s'est étonné que, sur plus de 250.000 malades soignés, au cours d'une seule année, dans les hôpitaux de la capitale, il y en eût 18.000 seulement à payer, en tout ou en partie, les frais engagés pour leur guérison.
Au premier abord, cette constatation n'est pas pour surprendre. Les hôpitaux ne sont-ils pas faits pour ceux qui n'ont pas le moyen de payer le médecin et les médicaments, pour les esseulés qu'aucune tendresse n'entoure? Sans doute, et personne ne songe à rendre obligatoire le paiement d'un service public, surtout de celui-là, le plus utile de tous, le plus désintéressé, et qu'anime le plus beau des sentiments l'appelât-on philanthropie ou charité.
Pourtant, depuis la guerre, une évolution très sensible s'est produite dans les idées et dans les faits touchant les hospitalisations.
Jadis, les hôpitaux étaient un objet de crainte, même pour les pauvres gens. On se souvenait des temps très anciens où ces établissements ne pouvaient guère être vantés pour leur hygiène et pour les soins qu'on y recevait. Maintes légendes subsistaient à ce propos, légendes fausses, pour la plupart, ou exagérées, mais d'autant plus tenaces dans la mémoire des malades. Il fallait vraiment y être contraint par la dure nécessité pour se résoudre à frapper à la porte d'un hôpital.
Mais la guerre, qui a causé non seulement tant de blessures, mais aussi tant de maladies, a peuplé tous les hôpitaux de l'arrière, tous les hôpitaux de France d'une foule où se trouvaient réunis des riches et des pauvres, des situations sociales les plus diverses, des mentalités les plus différentes.
Ceux qui croyaient encore aux légendes ont pu voir, par leur propre expérience, que le zèle des médecins, le dévouement des infirmières sont au-dessus de tout éloge. Ils ont pu constater également que l'hygiène y est parfaite, les soins précis et délicats, et que les médicaments les plus coûteux y sont donnés sans compter. Un exemple, qui date d'hier, peut servir à le prouver à Tarbes, dernièrement, un malade, soigné par le radium, a avalé, par sa faute, un tube qui contenait le précieux métal qu'on avait placé dans sa bouche. Or, ce tube renfermait pour 36.000 francs de radium! A moins d'être millionnaire, qui donc pourrait se payer de tels soins?
Avec l'après-guerre, et la crainte de l'hôpital ayant disparu, le sentiment de confiance dans les établissements de l'Assistance publique n'a fait que croître. Par ailleurs, les difficultés de la vie se sont fait sentir pour des classes sociales qui n'avaient pas pâti jusqu'alors. Dans le monde innombrable des employés, des petits commerçants, des petits bourgeois, beaucoup prirent l'habitude de se faire hospitaliser, aussi bien dans les services médicaux que dans les services chirurgicaux. N'étaient-ils pas certains de trouver là des soins parfaits à tous égards, plus complets que les soins que l'on peut recevoir à domicile, moins coûteux que ceux donnés par les maisons de santé ?
Or, c'est précisément à cette catégorie de malades que pense M. de Fontenay dans son rapport au Conseil municipal de Paris. A côté des indigents à qui rien ne doit être réclamé, il y a des hospitalisés qui peuvent payer, selon leurs moyens, peu ou prou. Pourquoi s'y refuseraient-ils ? En échange des précieux services. qu'on leur rend, ils se doivent d'aider à vivre, à prospérer, une organisation indispensable à la collectivité. Et ceile-ci, on le sait, doit faire face à des demandes de plus en plus nombreuses. Une enquête récente a révélé que les hôpitaux de la capitale et des grandes villes sont encombrés de malades étrangers.
Ceux-ci, installés en France, ont conservé la mentalité de leurs pays d'origine où, depuis longtemps, on a recours à l'hôpital, en cas de besoin, aussi naturellement qu'aux services de la poste ou de la police. Or, parmi ces étrangers en traitement chez nous, tous ne sont pas indigents. Ceux qui peuvent payer doivent payer. tout comme les Français. C'est une habitude à prendre, nouvelle sans doute, mais très logique, et qui doit entrer dans les mœurs, non seulement parce qu'elle est conforme à la justice, mais aussi parce qu'elle permettra de perfectionner encore, pour le plus grand bien de tous, les services de l'Assistance publique.
M. Gustave Mesureur, qui dirigea pendant près de vingt ans cette administration, a rappelé, au moment de prendre sa retraite, en 1920, le développement considérable de cette œuvre d'utilité primordiale.
«Le public, disait-il alors, réalise difficilement l'importance et la complexité des services de l'A. P. Songez que nous administrons 12 hôpitaux généraux, 9 hôpitaux spéciaux ou maternités, 9 hôpitaux d'enfants ou sanatoria, à Paris, en banlieue ou en province: 8 hospices, asiles ou maisons de retraites, établissements d'anatomie, de pharmacie ou d'approvisionnement, 40 fondations charitables, 20 bureaux de bienfaisance, des propriétés qui nous appartiennent, par legs, depuis des siècles; 48 agences provinciales et 2 écoles professionnelles pour les enfants assistés.»
Cette simple énumération est éloquente, surtout quand on y ajoute tous les établissements hospitaliers des départements et des communes. Une œuvre si grandiose doit être soutenue par tous ceux qui le peuvent.
Roger RÉGIS.
| retour 20 juin 1926 |







































































