| Le Matin - 20 juin 1926 |
M. HERRIOT RENONCE A FORMER LE MINISTÈRE
Et de fait, les conversations qu'avait eues jusqu'à présent le président de la Chambre, comme celles qui allaient marquer l'après-midi, firent clairement apparaitre la nature de ses préoccupations. Il s'est attaché à dresser le bilan de la situation, voulant savoir quels sont les engagements immédiats ou prochains de l'Etat. Où en sera, après l'échéance de fin juin, le compte des avances de la Banque de France ? A combien se monte actuellement le fonds Morgan ? Quel emploi a été fait des francs correspondant aux dollars vendus lors de l'intervention récente sur le marché des changes ?
A partir de 14 h. 30, M. Herriot vit M. Maurice Sarraut, puis de nouveau MM. Malvy et Chaufemps, Jouhaux, René Renoult, et aussi MM. Diagne, député du Sénégal, et Auguste Brunet, député de la Réunion. Ces deux derniers députés, dont l'un représente le Sénégal et l'autre la Réunion, venaient apporter au président de la Chambre un ordre du jour des sénateurs et députés des colonies, et tendant à établir un programme de coopération de nos possessions d'outre-mer au ravitaillement de la métropole, afin d'aider au redressement du franc.
A 15 h. 30, la délégation socialiste était reçue. Il résulta de l'entretien que M. Léon Blum et ses amis ne soulèveraient point de questions de personne ni de parti, quant à la composition d'un cabinet dont le programme seul leur importe. Et il n'apparut point qu'à ce moment le programme financier de M. Herriot fut complètement arrêté. Les socialistes décidèrent donc qu'ils reviendraient. Après leur départ, M. Herriot reçut M. de Monzie et M. Lucien Romier, publiciste spécialisé dans les, questions économiques. Le président a terminé sa consultation. Fixé sur les points qu'il avait tenu à élucider, il ne lui restait plus qu'à tracer les grandes lignes du plan dont le cabinet qu'il a accepté de constituer aurait à assurer l'exécution.
A ce travail collaborèrent MM. Romier et de Monzie. En une heure trois quarts, il était achevé. M. Herriot faisait alors mander MM. Bokanowski, Georges Bonnet, Milliès-Lacroix, président de la commission sénatoriale des finances; Henry Simon, président de la même commission à la Chambre, et de Chappedelaine, son rapporteur général.
M. Henry Simon se retirait peu après et annonçait aux journalistes : Le programme financier du président est fait, tout au moins dans ses grandes lignes, mais vous comprenez très bien que je ne puis vous donner aucune précision.
A 21 heures, M. Herriot s'est rendu à l'Elysée. Il a mis M. Doumergue au courant de ses négociations.
Une déclaration de M. Herriot
De retour à la présidence de la Chambre, M. Herriot a eu avec M. Sergent, président du comité des experts, une nouvelle conférence, à laquelle ont pris part M. Lucien Romier et MM. Chautemps, de Monzie, J.-L. Dumesnil. Bokanowski, Piétri, Pasquet, Colrat, Malvy et de Moro-Giafferri.
A 23 h. 30, M. Edouard Herriot a reçu les membres de la presse et leur a fait les déclarations suivantes :
«J'ai consulté dans la journée les présidents des commissions des finances de la Chambre et du Sénat, les rapporteurs ou tout au moins M. de Chapedelaine, car je n'ai pu joindre M. Chéron, J'ai vu également les représentants de la Banque de France et j'ai eu deux longs entretiens avec le président du comité des experts. J'ai reçu aussi des hommes politiques, mais toujours en fonction du problème financier suivant le programme que je m'étais tracé.
Je ne commencerai que demain l'attribution des portefeuilles. Quand j'aurai définitivement arrêté le programme financier, il me faudra trouver l'homme ou les hommes pour l'appliquer, car je choisirai avec un ministre des finances soit un secrétaire d'Etat, soit un ministre du sous-Trésor.
L'essentiel est d'avoir quelqu'un capable d'appliquer le programme. Lorsque celte question sera réglée, le reste, l'attribution des autres portefeuilles, ira plus vite. Je le répète, l'essentiel était d'établir un programme financier. Il m'est apparu que celle crise ministérielle ne devait pas être traitée comme les autres. Enfin, je pense pouvoir aboutir définitivement demain soir dimanche.»
M. Bokanowski se retire
A minuit trente arrive M. Painlevé. Dans le cabinet présidentiel, la conférence sur le programme financier continue. Peu d'instants après l'arrivée de M. Painlevé, M. Bokanowski, dont il avait été question pour le portefeuille des finances, quitte le Palais-Bourbon. Le député de la Seine nous déclare en s'en allant : J'ai eu à plusieurs reprises cet après-midi et dans la soirée des entretiens des plus cordiaux avec M. Herriot. Il nous est apparu cependant que sur des questions de méthode nous ne pouvions nous mettre d'accord. Dans ces conditions et malgré les cordiales instances de M. Herriot, je ne peux que me retirer.
A 2 heures du matin, M. Georges Bonnet arrivait à la présidence de la Chambre.
M. Pasquet, sénateur des Bouches- du-Rhône, qui avait quitté la présidence à minuit et demi, y est revenu en toute hâte à 3 heures. De même M. Malvy.
A 3 h. 30, est apparu M. Garat, député radical-socialiste des Basses- Pyrénées. Les conversations se sont poursuivies pendant toute la nuit.
M. Garat est reparti au bout d'une demi heure. M. Garat est l'auteur d'une proposition de loi sur le revenu des jeux. On l'a fait venir pour lui demander des renseignements sur ce texte. 4 heures. Arrivée de M. Champetier de Ribes, député démocrate des Basses-Pyrénées.
5 heures. M. Malvy s'en va. Il rentre se coucher.
- J'ai l'impression, dit-il, que la combinaison ne tardera guère à aboutir.
6 h. 45. MM. Pietri, Champetier de Ribes et Romier sortent de la présidence. Ils déclarent aux journalistes qu'en présence des difficultés qu'il rencontre, M. Herriot renonce à former le cabinet.
M. Herriot s'est aussitôt rendu à l'Elysée pour faire part à M. Doumergue de sa décision.
| retour 20 juin 1926 |







































































